Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Mon corps s'est formé comme une bête insolite et indomptable.
(Terence, Lettre à Aïcha)
Il y a toujours un carrefour pour accélérer le choix.
"Je ne veux pas mourir !" de ma voix veut aussi dire Je suis en train de mourir et je veux vivre...
Un corps est là près de moi et par lui je veux vivre, mais je l'affame. J'ai peur de ce que je veux faire, comme je me fais peur à l'idée que d'aventure je n'oserais pas le faire.
- Quoi déjà ? On l'en a empêché... Elle sait bien, elle, qu'elle n'y était pour rien.
Elle pleura. A son amant elle songeait, et elle se retira, tremblante, sur un coin de lit.
"Mon corps s'est formé telle une bête insolite et indomptable", lui avais-je écrit. Tjrs mes formules sibyllines à donner le vertige, car dans ces moments de mégalomanie j'ai la sensation que si je deviens maître des mots je deviens, par ce fait même, le maître de la situation.
Ma peur panique d'être manipulé, d'avoir été manipulé depuis ma petite enfance, de n'être que la marionnette construite par une série d'événements incontrôlés, de n'être que le jouet d'une vieille affaire de synapses, ces cours de récréation où font mumuse à coups de neurotransmetteurs les neurones, ou encore d'être en ce moment même dans un trip de lysergic saüre diéthylamine, LSD 25 pour les intimes, sans me souvenir d'en avoir pris, comme on ne se souvient pas de l'avant la naissance, toi tu ne sais pas moi si je suis là moi dans la cage de mon corps sujet d'expérience d'un dieu qui me voudrait du bien alors qu'il sait très bien que le bien son bien n'est pas le mien, non rien de bien, bien moins que rien en tout cas, etc., et j'en sors pas.
2 h 30 du mate. Tout en moi se tord d'incompréhension. Rien n'est logique en moi. Je me suis incrusté dans tes yeux, tu as fui mes mains avides qui suppliaient la chair, la chair nue, les muqueuses nues. Toucher nu, le bout de tes lèvres roses, nues.
Je suis arrivé chez toi il devait être minuit tu étais lasse, t'assoupissant sur l'inconfortable canapé, je voulais me blottir contre ton sein, qqs instants, avant de nous jeter dans ton lit immense et batailler au gré de nos violents désirs, les plus angéliques et les plus ténébreux se mêlant, c'est ça l'insolente attraction des corps dans leur terrible nudité inutile de résister haut les mains waou comme ainsi ton corps virginal si pâle semble s'offrir, baisse ces yeux effrayés mais laisse les mains en l'air...
Tu tournoies, offrant ton corps ruisselant de sous la douche, tu virevoltes et dis: "N'est-ce pas que je suis belle ?"
Mais tu étais ivre tu t'étais à m'attendre à la vodka oubliée une fois encore, et tu sais bien pourtant, l'alcool j'accepte pas, je sais OK je suis intolérant mais non c'est pas ça tu es l'illustration vivante pour un message anticame à la télé, et tu veux que je cautionne en te donnant ce que je sais à toi te donner mais non.
Je suis rentré très vite, je n'ai pas écouté tes messages sur mon répondeur, pourquoi faut-il que tu me rendes coupable de tes forfaits ? Je suis devant mon écran, dans ce bonheur si grand de peut-être par qqn être compris, seule une inconnue peut me comprendre, et puis, dans ma chambre isolé, personne ne m'empêche de fouiller sous les strates des mots tout en communiquant - cela, même exclu en désarroi.
La dérision du désarroi. Tiens ! Bon titre, ça !... c'est ça, une autre fois.
Je ne veux pas être aimé, m'aimer c'est me voler je ne veux pas être volé. "Tu ne t'appartiens plus !" Eh oui toujours la même histoire mon vieux Lacan, histoire de miroir, mon vieux Philippe Soupault, et de "L'eau de la rivière a tant lavé son lit que glisse sous l'onde lisse..." (Tristan Tzara), et Cocteau que je n'arrive pas à haïr pourtant il le mérite ("Miroirs ! Réfléchissez !").
Je ne veux pas qu'on m'aime, mais qu'on me reconnaisse. Baratin... Je veux mon amour être près de toi, être tel l'esclave dont on se sert, pour le plaisir, oui moi esclave, et dont la maîtresse des lieux joue lui prenant son sexe lourd, elle rit, elle veut s'amuser avec, et s'amuser d'amour, et le mari menaçant où est-il, de toi mon amour j'aurais voulu la main, ta main épousant dans la paume la gaine de mon sexe gonflé, moi perdu à côté de la plaque - à quoi elle joue je suis son serviteur, à elle cette fille aux yeux douloureux, pardon, je sais que tu regrettes, mais je ne suis rien juste un gosse d'exilé, étranger, qui au retour épuisé harassé d'un long travail danse aux côtés des âmes mortes qui hantent son cerveau malade, les yeux égarés tu ruisselles entre les cuisses et tu tends - maintenant je te fais peur - tu tends une main tremblante vers ce sexe qui vis devant toi sa propre vie obscène et t'intimide toi si sûre de toi.
"Baise-moi... Viens... Baise-moi..."
Avant d'arriver chez toi, je goûtais la nuit délicieuse, le long du boulevard Montparnasse je marchais, les feux des bars me saluaient et les cris joyeux de jolies filles imprudentes turbulentes et oeillades à vous faire damner banales joyeusetés.
Mais en marchant mon enthousiasme se mourait, les espérances sont tjrs les dernières c'est bien connu, et les larmes montaient, tant de monde à mon passage, je regrettais l'écran, je marchais le long des condamnés à mort (tiens je me cite encore), mais moi je vis !... Mais à moi de vivre j'en fais quoi ? Mes pas m'éloignent d'elle - seul, de plus en plus seul, le regard horizontal et triste.
Bon, veni, vidi, vici, non, jamais. Il n'y a de combats qu'à la Pyrrhus, alors non merci.
Je suis rentré, j'ai marché longtemps, oh sans fatigue il n'y avait que douleur, et solitude éternel étranger, et puis, je bandais encore, comme qd on se réveille, à la fois surprise, merveille et hantise, au rythme de mes pas ce sexe agréable mais gênant - cette manie des jeans noirs moulants -, et combien je me sentais abandonné !
Si je n'avais oublié mon cellulaire peut-être effrontément et sans scrupule je t'aurais appelée Aïcha ma danseuse mais tu devais être à ton job on est entre jeudi et vendredi, appeler une autre alors, qu'importe pourvu qu'on ait l'ivresse c'est ça ?... Appeler, dire simplement, tu sais Terence en la nuit se promène viens le chercher on passera une journée d'amour, mais non, je n'avais pas ce maudit portable, et puis c'est vers une autre que vont mes pensées, retomberais-je dans le piège du romantisme désuet ?
Je suis calme maintenant. Tiens, et si on jouait à la marelle ?... On sera tous habillés ce jour-là, on sera beaux. On mettra les poupées dans les placards, les seaux dans le sable, on peindra les tournesols en noir, on oubliera la forme des balançoires (oui je sais la faute, merci je ne suis pas dupe). Merry-go-round. La petite musique.
Je suis sûr que tu me suivras. J'en suis sûr.
Elle aurait les yeux baissés. Les Malheurs de Sophie. Elle serait triste. Je lui dirais: "Ils m'ont tous bien eu." Alors tu m'as vu violent, cynique. Voilà. Tjrs cette histoire du reflet. Miroir sors-moi de mon reflet sors moi de là dis-moi que je vais mourir. Nous nous raccompagnerions au dernier métro en riant, essouflés éblouis de nos jeux.
Hommes ou femmes, dites-moi que le jour ne se lèvera pas.
5 heures. Impossible de dormir. J'ai tjrs refusé la défaite. "Ne se lèvera pas", je ne supporte pas.
Aide-moi. Je me laisse sombrer. Devant mon clavier je survis à peine ("non, pas de peine"), ma veulerie, ma prétention. Cependant je ne veux pas crever comme ça. Une vie d'acharnement à tout perdre. Je n'ai aucun alibi. J'ai sali tout ce que j'ai touché, à trop exiger j'ai gâché les rêves de celles qui m'ont aimé...
Aimé ? Qui croire ? Je n'ai jamais voulu de leur amour. Je n'ai aimé que les situations que ça pouvait donner. J'ai frimé, j'ai posé, posé à l'amour, trinqué à mon Grand Destin, ma pauvre vie... J'ai gesticulé, piteuse pantomime, me faisant des milliers d'ennemis. Seules mes amantes m'aiment toujours, parce que justement elles, elles me connaissent, et toutes depuis dix ans s'inquiètent et me disent sur mon répondeur :
"Personne ne te fera jamais de mal Terence, je te protégerai toujours mon amour."
Bien sûr. N'y pense même pas une seconde. J'ai posé, calmement, il me reste ça, le calme, je suis tjrs calme, qd on me croit en colère c'est du cinéma, je me regarde faire, je trouve que je sais faire, il est vrai qu'on me voulait pour jouer dans une version très libre de Bérénice, d'Edgar Allan Poë - mais c'est rien de l'dire.
Bon. Je crânais, je me disais un jour Dieu me sauvera, la grâce, et tout le tintouin. Ou une fille me sauvera, j'entends déjà ses pas, elle m'ouvrira aux jardins d'Eden, que je voulais écrire moi-même...
Y croyais-je vraiment ?
Ai-je tant changé ? Je crois qu'il y avait, qu'il y a encore, en moi, une flamme, une âme pas si fausse, un peu trop seule sans doute et qui s'étiole, oh oui hélas ! j'ai toujours su que je ne pouvais rien vous apporter, sinon L'Inachèvement (mon cher Witckiewitcz !).
J'ai besoin de ton aide, tu es si vraie, si belle, tu ranimes en moi le souvenir d'un monde perdu, immense et sublime... Oh mon amour je ne sais plus jouer... Non je ne sais plus, même jouer ne m'amuse plus. Je prends tout au sérieux, aujourd'hui j'ai peur, tout est drame.
Un jour je me suis réveillé, et le sens de tout ça m'a échappé. Tout ça n'a plus de sens, je tremble de peur, et je suis las, résigné.
J'ai tout perdu.
I hate me. Et je hais ma vie. Plutôt je me hais d'être là. Mais je pense si souvent à toi, qu'y puis-je ? Alors je t'écris ces mots, et j'essaie de me faire croire que tu m'écoutes. Je me baratine, encore. Quoi de plus beau que t'évoquer ? C'est doux...
Quelqu'un que j'aime, que j'admire. Quand je pense à toi, je comprends qu'on se tue pour une fille, je me dis ça... Pris à ses filets et dédaigné, que vivre ensuite ? J'en ai aimées, admirées, quelques autres, mais j'ai perdu mon insouciance, ou plutôt mes illusions. Non, pas mes rêves. Il me reste mes rêves. Non, pas l'Absolu. L'Absolu est inenvisageable, par définition. Il me reste mes rêves. Dormir, ne plus me réveiller.
Que faire, t'ayant croisée ?... Et puis si loin, si vite si loin. Dans huit jours, cela fera huit jours. Eterniser l'instant d'amour, à cet instant précis, c'est ça ? Cher Villiers de l'Isle-Adam, faudra qu'on en reparle.
J'aurai essayé. Que j'ai essayé, c'est bien la seule chose qui soit vraie dans tout ça.
Les mots continuent à jouer, enfants impatients. A me déjouer. Alors simplement hurler à la mort ? Ou murmurer "Je t'aime", pour celle dont on rêve, tout seul recroquevillé sur un coin de lit ? Mais j'entends mes pleurs, la voix qui hurle, et je m'entends grillé ! Quelle que soit notre vitesse au clavier, on se fait toujours griller par les mots.
Pas de solution. Sauf rire. Face à l'hébétude d'un blogueur hier sur un forum, un modo a répondu : "S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème."
Tapant ce bon mot, j'éclate de rire.
Oui, mon tempérament "joyeux". En dépit de ces dix ans à m'enquérir en vain de moi-même... Hélas ! Tout ce que j'ai sorti de moi est un abîme de vanité. C'en est une performance inouïe.
Il n'y a pas une seule ligne de moi que je sois prêt à contresigner.
Cependant je me contrefais. Grillé - mais pas quitte de ma propre main.
Terence Carroll