Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Dormi de 23 h 30 à 1 heure, par négligence. Bon, je peux accepter ce genre de sanction. J'ai un peu forcé à l'entraînement today et, après sauna et douche froide, en sortant de la salle je marchais à deux mètres du sol, dans la sensation euphorisante de mon corps surpuissant caressé d'effluves d'endorphines.
Au réveil, ce rêve que je veux noter, mais tjrs cette peur du sacrilège, ai-je le droit de violer ainsi mes propres secrets en mots maladroits à en détourner leur fonction cathartique ?
Alors j'ai foncé vers le portable - tjrs en veille - et go and see in OB's CDC if something pourrait me sauver de l'attaque obessionnelle. Ouf ! Je tombe sur le fil de Bagh où opportune l'étrange créature a laissé un post aux déboussolés du globe. Waou. Elle me libère, je souris et envoie en retour un post irréfléchi mais je vais mieux.
2 heures. Je sais ce que je vais traiter cette nuit pour en faire un article. A partir d'une rigolote aventure qui m'est arrivée il y a deux ans, le jour de mon anniversaire - puisque aujourd'hui le deuil du 1er novembre je l'enterre, et que symboliquement je reprends le rythme de mes petites "Devises du jour" en accroches.
Mais je reste dans la logique structurelle du blog, et j'écrirai ça dans "Short Stories" - en attendant, rattraper mon rêve, qui m'intrigue encore, du moins les pauvres entités nées du susdit, lesquelles se battent pour survivre - oui les enfants je suis là je termine j'arrive papa travaille -, et leurs efforts à respirer encore, les bras ballants je connais pas je plonge.
Donc, le truc, ce rêve. Cessez de shooter, les gars. Moteur...
[...]
Accompagné de gens en armes, je poursuis un type.
Le mec bénéficie de pas mal d'avance. Il se réfugie dans une espèce de temple, ou d'immense école style manoir gothique, en centre ville je trouve ça suspect, mais bon, je fais le job.
Arrivés aux abords de la bâtisse, nous apercevons en surplomb notre fuyard accourant - un vaste balcon-terrasse tout proche mais bien au-dessus de nous -, et nous distinguons à ce moment qu'on n'est pas seuls sur le coup, quelqu'un d'autre court vers lui, va se jeter sur lui.
Mes compagnons visent les deux hommes, mais d'un geste je détourne leurs bras, les balles partent mais ratent leurs cibles.
Les deux ombres qui courent sur le promontoire semblent alors se télescoper violemment, et tombent dans le vide, disparaissant derrière un haut mur.
J'entre dans le bâtiment, profondément intrigué, je veux comprendre.
Je m'y promène, un peu dans le brouillard, grimpant divers escaliers, puis au loin une musique. Je vais dans sa direction.
Du haut d'un circonvolutoire, je découvre une salle immense, à perte de vue se déroule un bal mondain, je m'arrête, pas vraiment surpris mais méditatif. Je m'accoude au parapet, triste et pensif.
J'entends alors derrière moi quelqu'un approcher, mais ne me retourne pas, tous muscles en surcontrôle, prêt.
Mais quand l'homme me prend par l'épaule, je ne réagis pas, et regarde en bas ces gens qui dansent de vieux trucs désuets, et en costumes d'apparat hors d'âge, j'essaie tjrs de comprendre ce qui se passe ici.
Lorsqu'il me dit: "Regarde-moi !", je refuse et lui fais comprendre, d'un simple signe, qu'il faut me laisser.
Je suis soudainement angoissé par sa présence sourde et insistante. Je sens en lui une force terrible, magnétique.
Après de longues et éprouvantes minutes, je sens qu'il bouge lentement, lentement, et il me prend tout à coup par une cuisse pour me soulever comme une paille, et lentement, lentement... Je suis sans réaction. Car là encore ma sagacité est vaine, je ne comprends pas !
Je veux tout de même me retourner, mais sa main brutalement repousse mon visage.
Mais j'ai vu qu'il s'agit de mon père ! La frayeur me submerge, tandis que je le sens me soulever irrésistiblement... et il me projette dans le vide. Et je le vois tomber en même temps que moi. Chute de plus de trente mètres.
Mon père m'a balancé dans le vide... Pendant la chute je revois la scène du début, et tout devient évident. J'ai réussi, j'ai enfin compris : les deux types que j'ai sauvés des balles mais qui, se heurtant, ont fait cette chute vertigineuse. Ces deux types, c'était... mon père et moi-même.
J'aurais dû le deviner. J'ai été stupide.
Nous nous sommes écrasés au sol. Je sais que ce mec - mon père - m'a tué délibérément. Mais le distinguant non loin de moi, je me précipite vers lui, submergé d'amour. Son corps est agité de soubresauts.
J'ai couru vers lui, il a tourné la tête vers moi. Il est très beau. Il a quarante ans environ, avec ce visage émacié d'artiste maudit, les yeux ardents d'une tension tragique.
Il me regarde, esquisse un sourire dans lequel je lis un bonheur fou. Avec force je l'étreins, mon regard fixé au sien. Ses yeux vert clair, si beaux, ne scillent pas, et il pousse son dernier soupir.
Je suis debout. L'imposant bâtiment face à moi. Il fait sombre. A quelques pas de moi, deux têtes coupées. Celle de mon père, et plus loin la mienne. Les yeux restés ouverts sont inquiets.
Des objets divers traînent ça et là autour des deux têtes, des morceaux de bois, des tessons de bouteilles, de vieilles boîtes de conserve bosselées, ouvertes, tout ça est dans un halo rosâtre, je regarde le ciel, il est rouge. Je respire une sorte de poussière. L'air autour de moi est poussière.
C'est un vieux champ de bataille. Pas âme qui vive. Abandonné.
Calmement je m'éloigne...
Et m'éveille.
3 heures. Au réveil je me suis brusquement assis, me tenant le cou à deux mains. Puis me suis rallongé, me raisonnant, de longues minutes les yeux égarés au plafond j'ai pas osé bouger, gémissant doucement, avec cette obsession d'être décapité... Et je vis ce tableau, un grand autoportrait, accroché juste au-dessus de moi, soudain j'ai su. Il allait tomber, et me trancher la tête telle une guillotine.
La lueur de l'économiseur d'écran m'a sauvé, y dansaient les images du générique de "Tracks". J'ai bondi. J'ai cliqué sur mon serveur IE puis sur OB puis sur Forum puis CDC. Sauvé.
Pour cette fois.
Terence