Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
I
Toi et moi ne veut rien dire
Que vais-je ô ma mort devenir ?
Sans ton rire, mort cruelle, sans ton rire !
Que faire de moi qui déambule,
Que faire sans toi ?
Et tes pleurs, mort cruelle, tes pleurs !
Mes copines de toi sont si jalouses.
Je le sais bien ton corps ô mon épouse,
Tapi au revers de miroirs inutiles.
Mes mains s'égarent tout aussi inutiles
Sur le clavier, allegretto, tibidibidip,
Chacune de mes nuits reste vierge,
Poème en son vol arrêté.
Mes mains s'imaginent ta présence arabesque,
Et m'entraînent, et me sourient,
Tandis que je meurs avec elles
Quand de rêver, fatiguées,
Elles sombrent dans l'ennui.
II
Le feu brûle à mes oreilles
Ce feu qui brûle à mes oreilles,
Et la bouteille de Jack, vide,
Fidèle, elle a tenu trois jours
Le feu à mes oreilles je brûle.
J'écris encore, et me déroule jusqu'à la lie.
Toi l'amertume tu te trompes d'histoire,
Jamais de gémissements, tu le sais, s'il te plaît.
Laisse ma bouche avide là-bas se tendre
Sur les pierres sombres de mes remparts,
Et que pende canine ma mâchoire
De soif jusqu'à la mort !
Ô Mort, sexe insatiable, tu m'as trahi.
Pour moi, quant à moi, rien, pas d'amour.
Rien ? Si: tes yeux qui me fixent ébahis,
Mais tu me trompes petite c'est fini,
Il date un peu, ton masque carton-pâte.
Va t'rhabiller je suis las, couvert de cendre.
Balivernes, Terence, encore tu te répands
En écho, seul le silence heureusement...
Mais le silence aussi, qu'il se rhabille !
Il pue le temps, la peur, la sueur du temps
A moi la mort, qui plus rien ne ressens.
III
Ceci est mon testament...
Silence ! Levez-vous, et dites je le jure,
Je lègue à mon ombre ceci, mes manuscrits,
Monstres hybrides, de mon sang pauvres enfants
A trois pattes, trois pattes et demie,
Muets, parés de leurs antiques secrets.
Mes clefs USB, si vous saviez marcher
A la fenêtre de mon vertige et sauter...
Ô mes pensées, pardon !
Le feu qui vous dévore lui aussi il sait lire.
A qui léguer l'eau noire de ma chair
Coulée sur cet écran, ma traîne ?...
Sinon à mon ennemie.
Qu'elle avale, et s'empoisonne ! Mon ennemie ?
Où va ma haine, ou mon amour, je ne le sais,
Mais l'existence perverse, la ronde de mes vices,
Me souffle au bout des doigts: toi, toi...
Terence