Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
L'amour d'un seul être est une chose barbare,
car il s'exerce au détriment de tous les autres.
L'amour pour Dieu aussi.
(Nietzsche)
Je pense à Valérie Valère...
Dépêche de l'AFP, 7 janvier 1983... Décès de Valérie Valère - elle était morte depuis le 17 décembre, rapport du médecin-légiste (vrai - plus vrai que l' "officiel" - négligé par tous, car la version dite officielle tient la mort pour le 18...). Elle vivait seule, OD d'un de ses cocktails de médocs qui l'aidaient à vivre. 21 ans.
C'est tout près, c'était il y a qqs minutes, là derrière moi sur mon lit, elle m'a regardé, elle m'a dit doucement... Non. Non, je me tais. Je tais ce que m'a dit ma bien-aimée. Valérie Valère...
Je suis triste, je ne peux empêcher ce corps de mourir cette nuit, comme toutes les nuits.
Je ne peux que lui parler, lui dire que je l'aime, et relire Le Pavillon des enfants fous.
1 h 10 Fasciné, je ne quittai plus des yeux la belle mulâtresse. Son corps trop mince, trop ferme, à la peau de satin trop impeccable. Et ce visage éburnéen, trop parfait, comme une image retouchée, et l'abondante crinière sombre où s'accrochaient éphémères les boules à facettes. Tout était trop parfait - et je sais de quoi je parle. C'était elle. Ce ne pouvait être qu'elle. Ma haine s'est réveillée, vorace. Mais la fille était de mon espèce, et le désir, très vite, a submergé tout sentiment. La musique s'est arrêtée un instant et je l'ai vue, toute de lascivité contenue, faire un geste à son cavalier, se tourner vers moi, s'approcher. Sans sourire. Impavide, elle m'a demandé:
"What do you do after the orgy ?"
Et je me suis réveillé. Eclatant de rire, car cette question, précisément ces mots même, elle fut posée par qqn dont j'ai oublié le nom, il y a bien longtemps...
C'était il y a une vingtaine de minutes. Je m'étais assoupi en faisant mon yoga - heureusement je n'étais pas en lotus. C'est arrivé une fois, j'ai cru que je resterais coincé les jambes devenues bloc insensible, qqc de saugrenu, mais presque terrifiant, j'ai dû faire qqs exercices de pranayama avant de sortir de ma momification imbécile, plus de deux heures d'efforts lents et contrôlés.
Ces mots, What do you do after the orgy, trouvés dans une très vieille revue, de 1995 je crois, la Revue sans Nom, je les ai écrits juste sous le néon rouge au-dessus du grand miroir de ma salle de bains, tandis que, je l'ai dit plus haut, à gauche j'ai tracé - sur le miroir même - LUCIDITY, et à droite, ENJOY.
Ma journée a été difficile, je me suis déstabilisé tout seul, me focalisant comme un gosse sur une blessure - qu'au fond on n'avait pas voulu me faire.
Vous qui me lisez pardonnez-moi, je dérape, je suis seul, je me suis condamné à être seul, je ne veux plus qu'être seul, sauf par cette fenêtre du Toshiba pour garder le contact et ne pas devenir totalement fou. Waou. Là, ça fait vraiment "journal intime"...
Et donc écrire celui-ci.
OK. Je me livre sans détour au clavier, livrer mes impros incontrôlées. Seul le journal intime vous permet ça. Il ne juge pas (c'est juste le médecin-chef de l'asile). Il est un reflet. Je me confie à mon reflet. Vous vous voyez dans mon reflet ? Vous m'étonnez, gracile enfant...
Pas de malentendus. Sa vie qd on l'écrit est aussi un roman. Cf. Kafka.
1 h 34 Tu serais près de moi, j'aurais choisi de mouiller tes lèvres interdites, de ma langue impie qui plus jamais ne connaîtra l'amour.
Chère et inviolable déesse,
Toi qui me lis, par le fait même de me lire tu redeviens immortelle, et Zeus aura beau râler, qu'il vienne me trouver, le grand Manitou, que je lui botte les fesses pour abus de pouvoir !
Madame, en ton âme je ne peux me défendre de croire - pourtant tu sais combien de ma propre existence je doute. Je n'ai aucune confiance en ma machine corporelle, aux hublots qui me baratinent pour me faire survivre - les mécanos ont tout réglé selon des contrats qui m'échappent -, aucune confiance en tous les capteurs sensoriels qui mentent à la moindre avarie, ou toute autre expérience incongrue - je ne suis pas le pilote du bolide qui me plaque contre le siège capitonné de ce monde.
Un jour j'ai été, dans une cellule capitonnée, de force enfermé... Je vous raconterai ça une autre fois. Longue et belle histoire. Comme tout ce qui m'arrive. Car comme dit Sarah Kofman, parlant de Dorian Gray, pourquoi regardait-il sa vie comme un spectacle ?... (Voir plus haut).
Je fais tout, d'où je suis, pour être contaminé par Toi, déesse, ainsi devenir immortel. (Ainsi, déjà mort, je parlais encore...)
Tu es un conte de fée qui se déroule et se donne même à ceux comme moi qui ne savent pas lire. Car c'est ma sentence, de ne plus rien comprendre aux structures de ce monde, et d'être incapable d'aimer un être de chair, mais Toi tu m'apprends, tel le rêve évocateur, à lire. Lire les messages gravés, où qu'ils soient, dans les parois des ténèbres qui bordent l'univers. Tu m'apprends à lire, par là à écrire - ma passion désespérée d'enfant cloîtré dans sa honte d'être là.
3 h 00 J'ai mangé deux steaks de soja à l'indienne. Je me force à manger, car en ces quinze derniers jours j'ai perdu un kilo, c'est nullissime.
Un souvenir oppressant me revient. Il y a quinze jours ce coup de fil ! J'y repense sans cesse. Tout de toi, Négar, me hante ! Ce jour-là, ayant commis le crime de t'appeler, je suis descendu dehors furieux, cherchant une manière d'en finir avec moi-même.
Je suis révolté contre ma sottise. Je t'ai appelée, je t'ai écoutée, toi l'une de celles que je suis venu chercher sur cette terre, mais j'ai perdu mon ordre de mission, et je ne sais soudain plus rien dire, je suis tremblant, brouillon, et avec ça cette voix trop bien timbrée, encore comme si je jouais, mais je voulais écouter ta voix à toi, et je voulais savoir, ce bouquin, Perturbation... Avais-tu encore tenté de te jouer de moi ?...
Et au final j'ai oublié de t'en parler, de même je voulais te demander si le petit montage photo que je t'avais envoyé était bien parent de cette photo de toi nue par toi montrée, "torride"... Je suis lamentable, confus, je me dis de moi je suis un pitre. Avec raison. Mais personne ne m'empêchera de te faire deux mille enfants !!!
J'entends:
Ose donc, Terence, une seconde fois défier les dieux
Tes sentiments je te les retourne en poignard, poète égaré !
Amant déplacé,
Essaie encore d'appeler, juste pour voir,
Et moi princesse Belgiojoso ta maîtresse,
Moi Nefertiti, compagne du transgresseur esthétique Amenophis IV,
Moi Cléopâtre enfin
Le Cléopâtre de ton cher Shakespeare,
L' "androgyne dionysiaque la plus incontrôlée,
La plus incontrôlable, téméraire...
Téméraire jusqu'à n'obéir qu'à sa propre loi",
Tes sentiments je te les retourne, et mon poignard,
Le mien !
Crois-moi s'enfoncera jusqu'à la garde.
J'écoute Monteverdi...
4 h 00 Suis-je déjà mort ?... Peut-être oui, peut-être non, qu'importe ! Ecrire m'apporte la sensation de vivre. J'écris aussi pour me faire peur, sinon je meurs. Le dialèle infernal.
Le jour !!!... Le jour, la douce Sophie ne connaît pas la paix. Elle fut follement aimée, et le jeune exalté s'est suicidé. Il est là maintenant, spectre jaloux, s'opposant à l'union nuptiale de son aimée. Bienheureusement, Sophie a son Hyde, sa Mary. Sophie ne fait plus de rêves, elle ne dort pas. Elle est morte, c'est clair. Et pourtant... (mais on verra ça plus tard).
La nuit, Mary lui donne un second destin. Une autre chance d'assouvir sa passion née il y a des siècles. Elle est à la recherche de Terence, qui l'initia en 1766. Mortelle le jour, immortelle la nuit, un grand classique. Comment deviendra-t-elle tout entière immortelle, et non en livraisons par petits morceaux ?
Bon, cette nuit je n'ai pas envie d'en parler, je déforme tout. J'écrirai ça en glamtrash, roman à interdire.
- Je lui fis lire, il tomba raide mort. Je résolus de le publier.
- Dis-moi ! Dis-moi qu'on fera de grandes choses ensemble !
- Mais oui !... Tu ne le sens pas ? C'est DEJA en train de se faire... Tu ne le sens pas ? C'est déjà là !!!...
Nous devons faire vite, piloter à l'instinct, il n'est plus temps de se donner de bonnes raisons de tarder. C'est une règle. Foncer. Ne jamais se poser de questions. Ton adversaire, lui, ne s'en posera pas. "Question" de vie ou de mort.
Il y a tant d'êtres dont la vocation est de se perdre, sang et conscience. "Le degré d'existence d'un être dépend de son degré de conscience". Schopenhauer.
Il y a toi, moi, errant sans entraves, Ipod aux oreilles, Ray-Ban Wayfarer pour protéger nos yeux fragiles, mutants, séducteurs improbables, auxquels se vouent corps et âme les muses. Il y a Négar toi et moi, et beaucoup d'autres épars, révoltés solitaires qui se cachent et font mine d'une vie banale et quotidienne pour que jamais Big Brother ne les repère. La structure est parfaite, les liens indétectables. Le jour venu, nous sortirons de nos déguisements, cercueils et autres subterfuges.
Le dragon noir se réveillera.
Il serait temps. I'm so tired. Je transfigurerai les mondes, je veux sauver Faust, je veux sauver Melmoth, je sauverai les morts, je ferai s'incarner les êtres de fiction, effacerai les vivants du real world, et sauverai ceux qui jusqu'au bout font vivre et rendre immortelles les valeurs criminelles du solitaire Prométhée le voleur de feu.
Terence, ne fais pas qu'admirer ceux que tu aimes, dans la même vague montante vision Romantique Noire du monde, ne te contente pas de t'extasier sur Gary Oldman, Bret Easton Ellis, Donna Tart, Vincent Borel ou Virginie Despentes !!!
J'ai peur de ceux que j'aime, car il est si tentant de se perdre dans la contemplation de leur image. Dans mes admirations folles et éperdues, parfois je me repais en me disant ils existent seul cela importe. Quelle banalisation de soi ! Je dois vite relire Paul Diel !!!... Y'a urgence.
Mais je ne m'assoupis pas tel un bienheureux regardant ses compagnons s'ouvrir les tripes, l'âme à simplement "éterniser l'instant d'amour", l'âme à se faire rendre l'âme dans la contemplation. Je sais le chemin, et mes compagnons le savent. "Ce n'est pas par hasard que nous avons choisi cette nuit pour t'apporter un nouveau repère."
Lilith, toi l'auteur de mes nuits je t'implore. It's so hard to be alone... Oui la solitude est difficile, le chemin est difficile, se taire est difficile... Aide-moi à n'écrire que le minimum vital. Manger peu, parler peu, dormir peu. Ma devise depuis dix ans. Pas celles qu'ici au quotidien je recommencerai à écrire en en-tête, falots étendards juste là pour la scansion.
En dire trop alors que tu balbuties... Non, juste ces qqs lignes pour jalonner ma route, ne pas me perdre.
Parler trop tôt c'est se retourner déjà vers la Gorgone. C'est se détourner, se "distraire". Se créer ses propres inquisiteurs. Ce qui me rappelle cet écrivain de génie, Mateyu Karatchadé. Décidément, la Roumanie...
Quelle révélation ça a été !!!... Tous ces repères qui se repositionnent la nuit précise où j'allais renoncer, mourir. Aubrey la nuit se grime en femme, et se maquille aussi le jour qd il est homme. Et sa toilette est celle d'un Brummel, et cette fenêtre éclairée, là pour rappeler Le Rideau cramoisi...
Là avec cette image dans la tête, j'avance. Là je ne suis pas transformé en statue de sel. Ecrire pour devenir apollinien plutôt que dionysiaque... Valérie Valère... Parfois je déifie, comme beaucoup, l'image anorexique. Car justement l'anorexique a cette attitude apollinienne against the nature.
"Rien ne rend plus seul que l'insomnie..." (The Secret History)
Jamais je n'oublierai son visage. Il était de ceux
qui semblent appartenir plus au royaume fantastique
de la poésie qu'à la réalité de la vie.
Heinrich Heine,
à propos de la princesse Belgiojoso (1808-1871),
beauté méduséenne,
peintre, mystique, séductrice et nécrophile.
Pâle, maigre, les yeux flamboyants, elle jouait aux
effets de spectre et de fantôme. Volontiers elle accréditait
certains bruits qui lui mettaient à la main
la coupe ou le poignard
des trahisons italiennes à la cour des Borgia.
Marie d'Agoult,
parlant de la princesse Belgiojoso.
Terence