Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
(Terence Carroll, "La Fille de Dieu", III, 2, extrait)
Sans plus de forces que m'abandonner à tes pieds,
Mourir, quelle belle mort ! Ô mourir noyé
Sous tes larmes, et que la terre fangeuse m'engloutisse
Avec toi pour ultime image, si belle mort !
Souviens-toi les mains glacées, les mamelons pointés
Frissonner, la pierre émoi nocturne des amants sacrilèges
Sous laquelle brûlantes reposent les cent mille verges
D'Apollinaire se retournant dans sa tombe tel un zéro pointé
Je rêve t'étreindre hanté de ma peine éternelle -
Et tu voudrais, mon enfant, être la prochaine victime ?
Repais-toi, ange sublime, de la scène misérable
Du pitoyable amant enfilant joyeusement son blouson,
Il fait le fier, pirouette, soigneusement se défile,
Prend garde à sa sortie, se la joue fille facile
Mais très-très chère, trop chère pour toi, garçonne !
Repais-toi donc et ris, mon ange, du tyran qui sombre
Il a chassé pour toi toutes celles qui l'aimaient
Et voilà qu'aujourd'hui il se découvre aveugle
Tant il avait besoin du soleil des faux-amours
Pour se croire exister les combler de saillies
Je l'entends encore se disant maître du monde
Dans une nuit d'hallus riant de sa faconde
Si bien aidé par les traîtresses Quaaludes
Que n'a-t-il plus aimé sa défonce et ses pills de D
Bouts de cervelle en balade, plutôt que de se jouer
Et dévoiler ses charmes à une Gia Padilla si belle
Qu'il ne lui reste plus pour pitance
Que ses larmes et ses bouts de cervelle
Terence Carroll