Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Cet après-midi je pensais à mes poignets en sang - un truc que j'ai pas encore raconté, c'est loin (plus de deux ans), c'est lourd, long, faudra que j'aie du souffle - ou alors en plusieurs fois, on verra -, et je rêvassais au Sang du poète de Jean Cocteau...
Il y est écrit : "Le poète aura beau casser un carreau..." Et mes poignets en sang, ça avait commencé comme ça. Puis dans la rue Monge, en sang de la tête aux pieds, en plein midi moi marchant souriant agitant mes mains gainées de rouge, j'ai fait fort, je croisais des filles qui à ma vue hurlaient, c'était la débandade dans Paris, les flics ont dégainé, je me marrais, puis l'interrogatoire musclé, l'I3P, et un sacré bordel.
L'I3P, je rappelle, c'est "l'Institut Psychiatrique de la Préfecture de Police".
Les flics, après m'avoir fait recoudre à l'hosto, menottes, fourgon et tout le tralala - en même temps je dois avouer que je suis tombé sur des mecs super - je raconterai tout ça, c'est vrai que j'y ai appris un tas de trucs...
Comme quoi, vouloir défier son corps à des doses mortelles - cette fois-là j'avais commencé la nuit précédente avec des shoots de speed-ball (coke + héro), fracassant et génial - mais attention je fais pas de prosélytisme, faut avoir ma santé pour se lancer dans une connerie pareille -, comme quoi moi fallait que je fasse ces trucs, j'ai pu être le vivant témoin de mes morts...
Y'a aussi mes deux NDE - Near Death Experiences...
Bon, je m'égare, c'est pas le sujet. Là, juste cet aprème, donc, je rêvassais, pensant à... J'étais explosé - depuis hier j'étais borderline -, et j'ai piqué un somme.
"Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant / D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime, / Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même / Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprends."
Mon rêve familier, un des premiers trucs de Verlaine - il a pas raté son entrée ce mec, après c'est une autre histoire...
Mince, "Be careful, Terence, ta vie ne tient qu'aux fils..." (> article "Retour de campagne du guerrier ivre", 29/10).
OK, "Kalmos t'es cuitée, ce soir, cui-cui ma mignonne... " Etc. Tu te souviens ? "Quand clac, téléphone !... / Les clébards de l'alco cacophonent / Et caquette de suppliques ma conne..." (> "Ni miso, ni maso ? - C'est à voir", 2/11).
Oui, Lili, digressions, confession, obsessions... "Il est utile de boire un verre d'eau, avant d'entreprendre la suite de mon travail. Je préfère en boire deux, plutôt que de m'en passer." Lautréamont, Les Chants de Maldoror.
Qd je relis tes mails, ma ch'ti Vampirella, mon sang sur les murs me rassure. Mais ce sentiment est mêlé, car nous n'avons pas partagé. Encore une fois, je ne t'ai pas attendue.
J'ai donc fait ce petit rêve "étrange et pénétrant"... Je volais entre les hauts immeubles d'une cité post-nucléaire, à une hauteur d'environ dix mètres, et je m'efforçais de décrire une gracieuse courbe à faire soupirer d'amour les jolis androgynes qui tendaient avides leur faible cou vers moi...
Je n'avais pas encore atterri quand j'ai senti UNE MAIN DANS MA MAIN, une main de femme, COUPEE au niveau du poignet, teint mat, qqs bagues aux doigts, délicate et ferme, RASSURANTE...
Je me suis aussitôt réveillé, et j'ai cru que je m'appelais encore Adelphe - ce pseudo que j'ai utilisé il y a six ou sept ans qd j'étais exorciste. Aujourd'hui j'ai quitté ce nom. "Je n'ai pas de nom, mon nom est de gaspiller les noms" (Henri Michaux, déjà cité avant-hier).
Mais j'aime tjrs ce nom, sous lequel tant de mortels m'ont haï.
Je ris en pensant que les reliques d'un vampire sont actuellement vénérées sous l'autel christique de l'église d'un petit village de l'Est de la France.
Je serai décidément adoré ou haï sous les formes et les rites les plus singuliers - dérisoire et merveilleuse insouciance !
Ma petite vampire ! Il n'y a qu'une chose qui me fait peur : l'appel d'air de ce monde, lorsque mes doigts s'éloignent de ta peau.
Je cours maintenant masquer mon visage vénitien, après avoir vérifié sa tristesse tranquille. "Maldoror, écoute-moi. Remarque ma figure, calme comme un miroir..."
Je suis narcisse comme un chat : CATS HAVE A SENSE OF PICTORIAL COMPOSITION.
Cette nuit, ma vampire, où seras-tu ? Ne meurs pas, ne meurs jamais, sois à moi ! Est-ce là le sens exact, "être mordu" ?
Terence