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Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

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"Kill Bill" ?... Arts martiaux, Eveil et non-violence

 


Au début de mon article sur le yoga j'écrivais :


"Je lance là l'option de la voie surhumaine, et ça n'est pas sans réticence que je dévoile qqs secrets d'immortalité. Pour ce premier cours je fais juste qqs entrechats, car je crains que ce soit bien "sérieux", et que ça n'intéresse personne. Donc, si no comments, je ne poursuivrai pas."


Péché d'orgueil !


Il n'y a pas eu de coms - mais dois-je pour cela renoncer à ce qui en toute conscience me semble la voie juste, c'est-à-dire écrire pour ceux que j'aime tout autant que pour ceux qui souffrent et sont en quête de leur chemin vers l'harmonie, la guérison physique et mentale, l'immortalité physique et le Divin ?


Bien sûr que non ! Chacun doit suivre sa voie de façon désintéressée - par amour pour autrui comme dans le but de soi-même ne jamais cesser de se respecter pour devenir meilleur.


"Qu'y a-t-il de criticable à vouloir devenir un saint ?", me disais-je. Le seul fait de m'être posé cette question montre à quel point je suis loin d'être libéré de mon ego.


Le chemin est long, je le sais, il est inévitable de parfois faire deux pas en avant puis trois en arrière. Se décourager pour un faute, un recul ? C'est oublier l'une des règles premières : celui qui affronte ses propres démons pour parvenir à la vérité, la paix et la sagesse, par sa seule démarche, est inattaquable - et s'il est attaqué, son agresseur est déjà vaincu.


Et cela, pourtant, je l'ai déjà écrit plusieurs fois ici. Pire : c'est le sens de ma vie même - depuis bientôt deux ans.


Ce qui m'enseigne que, dès le moment  où l'on commence à divulguer son expérience, le danger premier est de se prendre pour un modèle, et d'ainsi laisser l'ego redevenir un tyran - pour soi-même et contre autrui.


Depuis, j'ai fait - hier dans la nuit - cet article intitulé "La tyrannie de l'ego", un passage du bouquin pour moi fondamental de Sogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort, et le seul fait de passer une heure à le taper tout en le méditant, m'a remis les idées en place.


La première leçon qu'apprend le guerrier est de ne jamais se dire qu'il est un guerrier.


L'humilité ! Le guerrier sait que bien qu'il soit la demeure de l'invincibilité, il doit encore permettre à sa puissance de s'exprimer - et pour cela garder la maîtrise sur ses pensées, paroles et actions, lesquelles doivent toujours être guidées par le désintéressement, le pardon et la générosité.


Surtout pas par l'ego qui - ainsi que l'exprime avec tant de clarté Sogyal Rinpoché - est si rusé qu'il passera par la moindre des failles pour nous leurrer et nous détourner du livre de sagesse qui est en nous.


Il est tant de paroles d'apparence sages dont il faut se méfier.


Ainsi Paolo Coelho quand il écrit : "Un guerrier ne peut baisser la tête - sinon il perd l'horizon de ses rêves." Jolie formule. Mais bidon.


Et Coelho, bien que d'intention sincère, est un formidable propagateur d'idées judéo-chrétiennes en totale contradiction avec les véritables sources de sagesse - qui sont toutes orientales, que ce soit l'hindouisme, le confucianisme, le taoïsme, le ch'in, le zen ou le bouddhisme tibétain.


Il vaut mieux relire Nietzsche, dont une grande part de la philosophie vient de l'étude des textes sacrés de l'Orient (cf. sa correspondance), tout en filtrant les nombreux trucs où il se prend pour le messie - même si bien entendu chez lui ce n'est qu'une figure de style pour véhiculer sa vision.


Mais à trop jongler avec les figures de rhétorique on se prend dans ses propres filets, et s'en dépêtrer ensuite n'est pas simple - on connaît si bien nos propres ruses qu'on veut encore ruser avec nos ruses pour nous en sortir, et le serpent se mord la queue.


Après avoir dans un article parlé du yoga puis dans un autre cité qqs enseignements du bouddhisme tibétain, je veux passer ici aux arts martiaux - bien brièvement, comme pour les deux articles précités, car je ne veux à ce jour que rappeler des trucs de base et balayer les préjugés.


La pratique des arts martiaux, pour un Occidental, est l'indispensable complément à la pratique de la méditation, car notre atavisme nous pousse à l'action bcp plus que l'Oriental traditionnel.


Celui-ci étant très tôt éduqué aux vertus de la contemplation par une sagesse non pervertie par la culpabilité ou la promesse imbécile du "paradis" ou de l' "enfer" - cette dualité du bien et du mal dont on nous bassine le cerveau chaque jour sur les médias et autres supports de la lobotomie judéo-chrétienne.


Le Bushido - le code du guerrier - permet de comprendre le sens de la vie et de la mort. Les arts martiaux apprennent à se battre, mais pour ne faire que ce qui est juste, et au moment juste.


Le sabre en est l'exemple le plus évident, car il est l'outil qui permet par lui-même de donner la mort. Les pratiquants du sabre savent le moment unique, instantané, où le choix n'est pas permis : "Une attaque : une vie !"


L'Aïkido de Ueshiba senseï, ou le Jeet Kune Do de Bruce Lee...


Débarrassez-vous au passage de l'image de Bruce Lee simple acteur de  films de daube, c'était un authentique pratiquant, et un tel perfectionniste qu'il a créé sa propre école philosophique (si si...) d'art martial. Lisez ses ouvrages, ils sont un éblouissement de la pensée taoïste !


"Do" signifie "la Voie", c'est-à-dire la confrontation quotidienne, personnelle et ultime avec soi-même et l'ego.


Ce n'est que débarrassé de son ego que l'on est sans peur. Uma Thurman dans Kill Bill est un bon exemple en tant que guerrière, mais le film véhicule une morale de vengeance qui n'a rien à voir avec l'enseignement du sabre - comme de tout art martial.


(Pour l'éthique du samouraï, qui est d'une tout autre tradition, je renvoie aux bouquins de Yukio Mishima.)


C'est uniquement dans une attitude non compétitive que l'ego peut être écrasé. C'est ce qu'on apprend avant même les techniques de combat, auprès de son maître d'art martial.


Faire ce qui est juste au moment juste, c'est de la self-defense, et donc un art de non-violence. Apprendre à se battre pour connaître les atouts de l'adversaire c'est apprendre à se défendre... sachant que bien souvent "la meilleure défense c'est l'attaque".


Le seul guide du geste juste est l'application de l'enseignement du maître - dans toutes les sagesses orientales.


Mais pour être juste, il faut vaincre toute peur.


Etre de plus en plus fort permet de vaincre la peur. Celui qui a vaincu la peur n'éprouve plus d'agressivité envers autrui. Pour se débarrasser de son ego, il y a la méditation, mais celui qui n'a pas vaincu la peur restera éloigné de la sérénité. Il faut donc vaincre la peur pour se débarrasser de son ego.


Faire ce qui est juste, c'est respecter et aimer l'autre, même son "ennemi", même en plein combat, même en lui portant le coup fatal !


Par l'hygiène du mental et du corps, l'attitude et le geste juste, le guerrier atteint la plénitude. Etre plein, c'est aimer.


Accéder à ce message exige des années d'entraînement intensif pour en premier casser sa propre image. Le combat n'est jamais un but. Notre seul véritable ennemi est en nous-même. L'ego, toujours. Qui nous menace tant que notre but n'est pas désintéressé.


Il faut être implacablement rigoureux envers soi-même pour appliquer la discipline. Mais quand j'entends certains disciples - dont l'ambition (l'ego...) fausse la lucidité - dire que quand le froid nous pénêtre il ne faut pas se couvrir justement pour s'endurcir... c'est de la bêtise.


Le sage comme le guerrier respecte son mental et son corps, et son apanage est de savoir s'adapter aux événements puisqu'il n'est parvenu à la maîtrise de soi que par une attention "ici et maintenant", une attention de tous les instants mais une attention pleine de souplesse car débarrassée de la peur - donc sereine.


L'attitude dans la vie doit être la même que sur le tatami. Sortis du dojo, nous gardons en nous l'enseignement de nos maîtres, nous  continuons le Mushotoku, en japonais "la voie désintéressée", sans esprit de compétition. Vigilance, contrôle, respect, droiture.


Un art martial est un "yoga permanent".


Vigilants face à nos démons, nous respectons les préceptes de Patanjali ou le "yoga intégral" de Sri Aurobindo, ou tout autre chemin d'Eveil. Notre force est celle de notre corps mais surtout des techniques apprises par des années de discipline mentale qui permettent à celui-ci de s'exprimer dans la plénitude de la paix intérieure.


Pas de compétition. Ni but ni profit. Simplement se maintenir sur le chemin pour se construire et atteindre notre Moi Divin.


"Le but n'est pas le but, le but est le chemin." Oui c'est l'une de mes antiennes, mais la méditer est si fondamental que je ne rate pas une occasion de la répéter.


Si les plus forts guerriers du Kung-fu sont les moines de Shao-lin, on ne va pas l'attribuer au hasard, n'est-ce pas ?...


Quand, dans le "Do", le Wasa (la technique), le Ki (l'énergie) et le Shin (l'attitude du coeur) ne font plus qu'un, alors nous sommes sur la voie juste de la Délivrance.


Ce qui m'amène à recommander - au débutant comme au pratiquant confirmé - le livre sublime de Moriheï Ushiba, Budo : les enseignements du fondateur de l'aïkido.


PS : "Do" est la transcription japonaise de l'idéogramme chinois "Tao".


Le Tao - comme le mot "yoga" - signifie la Voie morale. L'idéogramme existe déjà chez Confucius, mais c'est avec Lao-tseu que le concept prend tout son sens métaphysique, englobant à la fois l'Univers ineffable, ses Lois, et l'Illumination - l'Eveil.


(> Lire le Yi King - ou Livre des Mutations.)


Le Yin (féminin) et le Yang (masculin) ne sont autres que la manifestation des deux principes du Tao, les deux énergies qui doivent s'unir pour mutuellement se féconder et parvenir à la Conscience cosmique - d'où la sensation orgastique par la danse des deux éléments dans "l'acte d'amour".


(Je sais, je fais au plus court, là - car sinon un tel article j'en vois pas la fin.)


Pour parvenir à conclure, je me dois de taper ce petit bijou qu'est le texte 8 du Tao Te King de Lao Tseu :




"Le juste comportement est semblable à l'eau.
L'eau est partout et demeure en tous lieux.
Elle est aussi dans les endroits méprisés des humains.
Voilà pourquoi le sage est eau.
Le sage occupe la place juste.
Le coeur du sage est profond comme un abîme.
Le sage se tient dans la vérité.
Il accomplit la vérité.
Le sage agit juste.
Il passe à l'action au moment juste."

 

Vois le chemin - Tao
Va le chemin - Te
Comprends le chemin - King

 

 

Terence

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