Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
"C'est vrai que - d'après calendrier -
il y a longtemps que je ne vous ai donné signe de vie
- Je comprends mal le Temps, tout compte fait
- J'ai souvent pensé à vous - qui voulez me tolérer
(je vous soupçonne d'ailleurs, un peu, de mystification)
- Merci."
(Jacques Vaché, "Lettre de guerre" du 9 mai 1918)
Journal intime du mercredi 27 juin 2007, 19h24
Je joue souvent au petit journaliste, mais je suis aussi mon seul public - pour un exhib comme moi, c'est monter de mon propre chef sur l'échafaud - et le sang a coulé - pas seulement le mien, je vous expliquerai.
Hier soir j'ai entièrement modifié mon design (merci à Flo, à Bakemono - et à OverFAQ, car je dois penser aussi parfois aux garçons - bien que ceux-ci soient fort rares à venir m'escalader) - cette sensation qu'à chaque fois que je renais il me faut changer d'apparte, voire de ville - sortir incognito fleur au fusil - de traquenards en coupe-gorge - mais vierge !
Bon. Nouvel apparte virtuel. "Il est dans l'essence des symboles d'être symboliques."
Dont acte.
Et que mon oeil de Cyclope illumine de mes terres en friche les gouffres au magot secret !
Pour faire simple.
Well. Le sain frisson de plaisir à l'idée de la féminine mort apaisante. Je ne me méfie pas de moi, je suis protégé, un ange me protège - le problème est que je passe mes nuits à le chercher, mon ange, dans les plus infâmes bouges ou les îles lupanars. J'y crois pas une seconde, serait-ce une erreur ?
Me voilà signant sur mon "histoire personnelle" la ratification de mon incompétence stratégique - mon incroyable cécité pire encore qd on sait que j'ai tjrs choyé à mon chevet Le Prince de Machiavel.
Je suis de moi l'injure, l'injure calme et soft - au pouvoir que je chéris tant - et si mal.
Or la princesse, de nos jours, sait plaquer le mauvais amant.
19h35
Mais il nous faut, dans notre humeur d'hui, nous arrêter au cocasse ponctuel, à l'image pouffe en tutu et strass que j'offre en pâture - narcisse jusque dans la geôle - je ris je me sais surentraîné et s'il y a geôliers ils sont morts.
Là, notre pauvre princesse s'évanouit découvrant la fée Carabosse. Je m'égare.
Profonde inspiration pour rester quiet, non pas benoît mais placide, je me cramponne au plafonnier et m'allume une Pall Mall menthol, la cigarette du terroriste. Oui, je me suis remis à la clope, je vous ai attendus trop longtemps.
Hélas ! Je me souviens bien de vous, mes créatures, belles, immortelles, femmes pourpre et violine qui me lisez, mes anges en mon désert.
Décidons enfin de ne plus jamais nous séparer, ayant survécu aux combats qui nous ont fait nous rencontrer tant de fois sans nous reconnaître.
20h00
Etrange sensation, me remettre à écrire ici...
Depuis mon retour d'Ibiza, ça fait bien quinze jours, je croupissais entre mes draps à fleurs roses, laissant mon beau visage se faire dévorer par la barbe - ce qui invariablement me donne un air de psychopathe genre Charles Manson -, mes compagnes de rêve s'affolant nuit et jour en tous sens pour séduire leur prince de toutes les manies.
J'avais décidé de ne plus recevoir de "clients", coupé la sonnerie du téléphone, seuls qqs vieux intimes passaient de temps à autre - la nuit, après la fermeture de leurs bars préférés -, pour se faire lessiver de qqs sesterces aux échecs ou au backgammon.
Les miroirs que je consultais me trouvaient laid, la chambre lumineuse de ses quatre fenêtres sur balcons plein Sud s'effondrait en poussière sous mes cauchemars diurnes, le monde me devenait indifférent, je n'étais plus accroché au Grand Lampadaire que par les espiégleries de Ludivine, petite fée issue des entrailles de la fourmi frénétique qui me sert de voisine.
Je croupissais dans mon taudis de luxe depuis des siècles, je devenais doux et patient, j'avais en vue de dérisoires achats très frime - une superbe desserte Louis XIII et une immense armure espagnole guignolette - au lieu de payer mes trois loyers de retard -, et je crevais de routine...
Avec pour seule diversion mon obsession pour Dorian Gray et l'extraordinaire beauté de Hurd Hatfield :

Photo tirée du film The Picture of Dorian Gray, de très loin la meilleure transcription du bouquin d'Oscar Wilde - réalisée par Lewin en 1945.
Et bien sûr je réécoute sans cesse le 24ème prélude de Chopin - le plus diaboliquement romantique des morceaux de piano qui soient - prélude que l'on retrouve telle une incantation magique à tous les moments clefs du film.
J'écoute souvent la version ultra émotive d'Alfred Cortot, mais j'aime aussi les interprétations plus rigoureuses de Martha Argerich ou de Murray Perahia.
Trouvé aucun des trois sur youtube ou dailymotion, alors je vous ai choisi Maurizio Pollini, dont le jeu, bien qu'un peu précieux, est le plus proche de celui d'Alfred Cortot :
(Ne trouvez-vous pas que Pollini ressemble étonnamment à Oscar Wilde ?)
J'ajoute cette autre interprétation, plus froide et néanmoins très belle, très violente, avec un son très Steinway:
Et je sors donc de ma solitude ce soir, vous invitant par ce mot tout simple du gigantissime Walt Whitman :
"Allons, QUI QUE VOUS SOYEZ, venez voyager avec moi !"
Terence