Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Quelle faute de goût eût été (tant râres sont les sârs et les mîmes) de ne pas placer en exergue de mon criminel article une vidéo du "Nosferatu" de Murnau (1922) - un film OVNI - mais muet, et j'ai eu énormément de mal à trouver une vidéo des moments essentiels du film avec un son pas trop affligeant.
Pour Nosferatu, donc, trouvé aucune vidéo avec illustration sonore de type "musique classique" - car c'est qd même l'axe de cet article !
Mais sans notre maître Nosferatu, c'est le trou noir assuré !
J'ai alors choisi celle-ci, avec le son d'un groupe dont je suis grave fan (surtout de la chanteuse...), du poprock élektro psychedélique un peu barré que je ne me lasse pas d'écouter. Ici c'est pas leur meilleur morceau, mais bon, je les aime. Il s'agit du groupe montréalais The Arcade Fire.
Place donc au Maître : Nosferatu !
L'Immortel regarde le fleuve paisible, et rêve sous l'éclat de la lune. Il sait qu'il va ravir le corps de l'ange désespéré, qu'il va l'aimer, prendre sa bouche et y puiser des créatures inconnues.
Il va fouiller le reste de la nuit dans des malles pleines de mille incarnations, de mille déguisements, de mille masques.
Il est maintenant dans son repaire, une suite luxueuse de l'hôtel George V, il rit de sa beauté, et des boucles noires qui caressent sa nuque. Le secret est là. Les yeux prennent ceux qui imprudemment s'éprennent, un seul regard, et l'aventure promise au mortel est volée.
Mortels ! Et vos anges pareil. Mes yeux éperonnent les chevaux de vie qu'un dieu naïf crut pouvoir vous offrir, et sages, sages les chevaux des champs sauvages vous quittent et cherchent ma caresse.
Les nobles montures que le dieu bon dresse savamment, avant d'un à un les offrir au mortel imprudent qui va naître, ces montures aiment les orages de mes yeux, et leur transparence où s'irisent les couleurs annoncées du tranquille arc-en-ciel.
La fureur de mes yeux n'est que celle des chants qui demandent la Terre Promise, et à monter des chevaux dressés on joue son âme, on joue toutes ses âmes, car je veille.
L'Immortel rit encore, regarde sur le sofa l'ange nu, qui dort encore, caresse doucement la peau ferme et duveteuse - mon cher ange, mon bel ange, maintenant qu'entrent dans mes enclos les chevaux de ton dieu, maintenant que ta force se dilue en mes veines, feras-tu encore un bon esclave ? Vais-je te garder, ou renvoyer ta dépouille ?
[Pour un autoportrait en série glamtrash dont je veux que la réalisatrice soit N.D. - j'aurais voulu écrire ici son nom - son talent est prodigieux - elle est encore peu connue mais si facile à trouver sur la toile je ne peux l'exposer - hé hé ! je ne veux surtout pas qu'on me la vole lol.]
OK. Le genre a été complètement chamboulé par Anne Rice en 1976, on va le vérifier, il y a un avant et un après Anne rice - bien que le conformisme demeure en surface, même chez Coppola, on le verra.
Son vampire, Lestat, est rock 'n' roll et n'a pas peur des croix : il ne croit ni au Christ ni en Dieu. Lestat a lu Nietzsche, son entreprise est la transformation de l'homme par l'homme, quelle générosité !
Dans cet extrait il joue un tendre morceau de piano, mais ses mots expriment sa fureur contre la petite Claudia - une enfant-vampire à la beauté fatale, dont la cruauté égale pour le moins celle de notre ami Lestat.
Extrait d'Interview With the Vampire
Bon. Le but aujourd'hui (mais là je suis HS, je vais juste placer qqs vidéos de base, je développerai cet article la nuit prochaine) c'est de découvrir les pics de cette obsession de la musique romantique chez les réalisateurs de films sur le thème du vampire.
Certains même le considèrent comme le père de ces serial-killers tellement hype dont je prédis qu'on les choisira bientôt - pour la caméra - uniquement dans des panels de dandys.
Ce qui me rappelle à la fois - tjrs mes "raisonnements par analogies", n'est-ce pas, Laura ? - Dennis Cooper, son dernier bouquin (il vient juste de sortir chez P.O.L.), "Salopes" (The Sluts), hyper trash, dont le héros ne cesse d'osciller entre la baise et le meurtre.
Dennis Cooper étant de plus en plus assimilé au Bret Easton Ellis d' "American Psycho", tous deux californiens évidemment (private joke)...
(Tiens, faut que je relise Jim Harrison, "En route vers l'Ouest", j'ai un article à écrire sur ce mec hélas plus connu pour ses bouquins que pour ses scénars sublimes - par ex. "Cold feet", 1988, de Robert Dornhelms, avec Tom Waits et Keith Carradine, ou "Wolf", 1993, du génial Mike Nichols, avec Michelle Pfeiffer et Jack Nicholson.)
...Et le sulfureux poète Serguéi Essénine, rebelle total, homosexuel (ça ne l'empèchera pas d'épouser Isadora Duncan pour laquelle il était l' "ange à la tête d'or"), violent, bagarreur - l'auteur du "Journal d'un poète" écrivit aussi les "Confessions d'un voyou" ("...Sois sans crainte, vent insensé, crache tranquillement tes feuillages, l'étiquette de poète ne m'écorchera pas, moi aussi je suis - comme toi - un voyou !").
Essénine sur son lit de mort
Il se suicidera le 27 décembre 1925 à l'âge de trente ans, laissant ces lignes - écrites avec son sang :
"Au revoir mon ami, sans poignée de main, ni paroles, ne t'attriste pas, ne fronce pas les sourcils, s'il n'est guère nouveau de vivre, ça ne l'est pas plus que de mourir."
Bon. Deux des bases que je prévois pour cet article sur les vampires sont dans les musiques du film "The Hunger" (de Tony Scott, 1982), dont on voit ci-dessous un extrait - avec en fond sonore le Lakmé de Léo Delibes.
OK cette vidéo ouvre aussi à d'autres films (la bande son reste Lakmé), mais elle me fait sourire et je l'adore pour la grâce de son message d'amour (Feel Free...) :
Et le sublimissime "Dracula" de Coppola (compositeur : Wojciech Kilar), avec Gary Oldman - tjrs aussi fabuleux :
Je visiterai aussi le "Nosferatu" de Werner Herzog, "Angel Heart" d'Alan Parker (OK, là ça touche plus au satanisme, mais la musique est sublime, je me fais une fleur), "The Velvet Vampire" de Stéphany Rothman, et "Die Nacht der Vampir" de Klimovski.
Terence