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Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

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Pour en finir avec le Stringfellows (lettre à Gwenola)



Gwen,



Bien reçu, divine Gwenola, l'acte d'accusation cette nuit-même.

Je plaide coupable, car je suis, oh ma belle amante suicidaire ! fort désireux de te perdre. Mais tu sais trop bien le déliquescent plaisir qui nous enveloppe à jouer des rôles qui ne sont pas les nôtres.

Un rôle où le souffle nous manque, car lalala oui l'Amour est un danger - ou ne l'est pas, peu importe. Tu es sûrement la plus belle danseuse du Stringfellows, en tout cas la meilleure - à 14 balais t'étais déjà la meilleure - mais technoïd - et le lap-dancing !

Je suis "possessif". J'avoue j'ai souri en lisant ça, non que je m'en défendisse - mais je réagis tjrs non pas en amant, mon ange, mais en mâle dominant. L'Amour c'est une cause perdue. Je me bats pour gagner - et soit je gagne, soit tu te perds - entre tes rails de coke ma jolie tu traces rien que pour l'oublier. Mais tu n'oublies pas.

Moi je t'ai pas dealée, Gwen. Je te joue, mais - comme je l'ai déjà écrit -, je me joue avec - et je connais tous mes tours. "Mon coeur sur la table"... Tu sais bien.

Je suis un monarque avide de toutes les conquêtes, même des plus ridicules, et ma liberté passe par la possession - la domination. Mais je ne suis pas un tyran. Je t'explique : bien sûr que je te "possède" - mais je ne suis pas "possessif".

Sur ton job, tes strips, jamais je n'ai fait une remarque. Tu lis mon blog - relis l'article "A celle qui s'enfuit" - où je ne pensais pas qu'à Negar en écrivant : "Non pas de sentiment comme s'il était trop tard pour en faire un délice."

Donc l'histoire du "coeur possessif" ne marche pas. En revanche, la possédée existe, n'est-ce pas mon ange ?

Vouloir posséder, c'est soi-même être possédé. La possession existe, mais ça ne procède pas d'une volonté, c'est juste dans l'ordre des choses.

Et c'est très bien ainsi.

Et puis je vais te dire : tout cela n'a aucune espèce d'importance. J'ai laissé glisser sous ma plume quelques phrases désinvoltes par lesquelles je prêtais le flanc. Tu pouvais t'amuser. Mais c'est toi qui reçois les banderilles par réflexe d'enfant gâtée - et voilà que tu me fais de jolies ruades tandis que le sang coule sous les cris du public - ton public, bien sûr.

Mes petites amusettes... Ne sois pas blessée, Gwen, ta spontanéité je la trouve sublime, elle est si naturelle - dirait Oscar Wilde - qu'on dirait une parure ! Mais non je ne me moque pas.

Pardonne, Gwen ! Je ne joue pas de mes soi-disants "pouvoirs", je ne t'ai pas "envoûtée". Si je ne suis pas venu pour les "fêtes"... Ecoute, nous deux... - les choses bougent, ma petite Gwen -, je suis pas ce que tu dis, genre j'attends un déclic, tu m'entends ? 

Ce que j'ai écrit t'as oublié ? Note ça aussi sur ton bien-aimé miroir : "Non pas de sentiments, pas besoin de quitter un exil pour aller vers, pas envie de s'exalter dans les autres pas de place dans le coeur." (Terence) Pas besoin de porter des laisses invisibles et insupportables au cou.

T'étais prévenue. Tu dis "Terence tu fais des poèmes mais c'est pas nous ça". Mais oui bébé, c'est moi mais c'est pas toi, c'est ça ?

Questions-réponses, tu te souviens ? Je galège, je galège, et Chanel n° 5 ?

C'est ton parfum ? A 19 ans ? Ah oui... le Stringfellows...

 

Terence Carroll

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