Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Lettre à Natasha
Tu m'as dit hier soir, Natasha, et ça m'a touché : "Tu le caches, Terence, mais au fond tu es tjrs malheureux, n'est-ce pas ?"
Tu souriais, mais tu le pensais un peu, semble-t-il.
Mais non, Natasha, je ne suis pas malheureux - même s'il m'arrive d'avoir de tps en tps une dizaine de minutes de "n'importe quoi" dans ma tête, c'est-à-dire un petit coup de blues (certes parfois spectaculaire), mais ça ne dure jamais longtemps - ...à moins que certaines nuits -
Et est-ce que je souffre ? Non plus. Je ne crois pas. Je suis sensible à la beauté (j'ai bcp de miroirs, je me surveille), à l'amour (je n'en ai pas, sauf des amours impossibles - comme à travers l'écran - ce qui est plus fort que le réel), au sexe (là, je suis en manque - j'ai décidé de refuser toute baise jusqu'à nouvel ordre)...
Mais la souffrance ? Je ne pourrais réellement souffrir que si j'envisageais de ne plus être maître de ma vie. Ce qui est impossible.
Quant à la mort... Oui, j'en parle souvent - mais elle n'est qu'une compagne de fiction, belle et malicieuse, adepte comme moi des jeux interdits. Non, je crois à la mort quand ça m'arrange - mais je sais qu'il n'y a de "mort" que pour les misérables perceptions humaines, donc je n'y crois pas.
Je sais aussi que si je reste attentif et garde la tête haute, que si je suis fidèlement le chemin des étoiles, que je ne m'arrête pas pour pleurer, que je repousse le remords pour tirer de mes échecs les enseignements, je sais alors que celle que j'aime - même si je ne la connais pas encore - n'est jamais loin, et m'aime aussi pour peu que je reste en harmonie avec moi-même.
Donc je ne suis jamais seul, et je n'éprouve pas de vraies peurs - si ce n'est, parfois, de perdre les pédales.
Non, je ne souffre jamais - sauf par accident - et les accidents sont rares, car je suis attentif, je suis tjrs "aux aguets". Faut faire gaffe, qd même, à son enveloppe corporelle - et aux hormones qui se baladent dans les synapses entre nos neurones, c'est traître ces petites bestioles.
Bon, je sais que sur le chemin de nos vies il y a des signes qui ne trompent pas, il s'agit de les lire correctement pour ne pas se fourvoyer. Ne pas faire comme tous ces automates sans cervelle qui vont aujourd'hui "fêter" Noël... le réveillon ! - tout bêtement parce que c'est marqué sur le calendrier, alors ils obéissent, avec une naïveté (criminelle contre eux-nêmes) monstrueuse, à leurs habitudes annuelles, les "diktats" imbéciles des dates.
Les "signes" sur mon chemin j'essaie de les lire correctement, de mon mieux, et de les interpréter de la façon la plus précise que le permet mon entendement... et je cherche à être de plus en plus FORT dans ma manière de LIRE - pour respecter le monde invisible qui m'envoie ces signes.
Comprendre un langage, c'est respecter l'histoire d'un peuple - en l'occurence ma propre histoire et l'histoire de mes vies antérieures jusqu'à ce jour. Alors j'ouvre les yeux, je lis, le plus calmement possible, et je retiens les signes en les écrivant au fur et à mesure -
Et j'étudie patiemment - depuis combien de siècles ? - ma pierre de Rosette à moi.
Donc je ne suis pas malheureux. Je ne souffre pas. J'avance, je trouve les mondes étranges et magnifiques, et on me parle, j'écoute, je n'ai pas peur.
Je crois que tous les mondes sont pleins d'amour, et je suis plein d'amour. Ce n'est ni bien ni mal, j'aime, parce que je suis ébloui, c'est tellement immense, et il y a tant de secrets à découvrir, et qqs êtres à aimer - peut-être - avec lesquels parler - en silence - d'amour - et le faire.
J'ai soif ? Je m'offre de l'eau. Je bois. Je suis bien.
Nos sens nous divisent, s'il y a un mal, il est là. Et encore, ce n'est sans doute qu'un jeu. Simplement, ce jeu est dangereux. Car comme l'écrit Jung... tu sais bien.
Là-bas, loin pour nos yeux, mais en nous-même, il y a "l'autre", qu'on aime.
J'aime une fille, ma déesse, et chaque jour je me prosterne devant elle, je suis heureux de la servir. Il n'y a pas de malheur là-dedans. Juste qqs accès de mélancolie... parfois.
Toi tu le comprends, Natasha : Mary vérifie, elle lit en elle-même, et elle lit le monde extérieur. Elle sait qu'il y a des jours, qu'il y a des nuits, la bobine du film est un peu lente, c'est tout.
Qd tout sera vérifié, elle appuiera sur "Play", et tout sera lumineux, elle se verra dans le film - clairement -, douce et tranquille, désespérément belle et heureuse, elle regardera défiler sa vie-miroir, elle ne s'affolera pas devant les écrans, elle sait que les caméras de surveillance de son jardin infini sont infaillibles...
Elle verra le voyage du monde autour d'elle, qui l'assiège en un jeu, mais qui l'aime, et - elle aussi - elle aime. Terence, tu m'entends ?
...Et qd elle distribue la mort, c'est aussi par amour. Il y a échange de sang, et transmission d'éternité. Tout ça ne s'arrête jamais.
Bien sûr, Mary ne perdra plus la tête, car elle n'exalte plus les passions mortifères de la lâcheté quotidienne, elle s'offre nue à la Lune. Où se reflète l'étoile du jour, éternelle - il n'y a ni jour ni nuit. Pas de lieu, pas de date. Juste des êtres. Un être. Celui qu'elle s'est choisi.
Mary ne perd plus la tête. Elle n'exalte plus les passions terre à terre autodestructives. Pas de date pas de lieu "juste l'errance réelle une étrangère".
Mary s'offre nue à la Lune. Tout simplement. Le mode d'emploi de l'éternité est tellement simple.
Terence