Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Bien. Après tant de boulot acharné, place au jeu. "Du pain, des jeux, du feu...", s'était écrié Néron, avant de craquer une allumette fictive - d'autant plus efficace cela va sans dire.
Alors voili (voilou y disent) j'me lance totale impro en live et on line pour vos vair yeux, ma belle, à vous écrire des vers.
Des vers de mirliton - car chuis très fort en impro (1er prix au cours Alison cf. JAY Mc INERNEY, bande d'ignares !...) mais le truc là j'le sens pas du tout - c'est d'ailleurs pour ça j'vais l'faire - "le 8e jour on s'permet tout" - écrivais-je dans un poème chtarbé de la catégorie "Camisole, siouplaît". Un truc que j'aime bien... mais là c'était facile j'avais pris qqs notes avant de le taper pour publication.
Relisez-le, ça le fait...
Bon. Il est minuit. Je me lance.
STOP. "Coupez !!!"
A l'instant je lis un com de Handy qui se fiche en mon coeur - bon, ça va, chuis maso... mais pas elle - alors les cartes font flic flac dans mon cerveau malade - ce qui change complètement la donne.
Allez, on recommence ! Tout le monde est prêt ?... 3, 2, 1, moteur !
Décors, Werner Herzog - et (terrific) musique de fond, Penderecki :
TERENCE CARROLL, alias RASPOUTINE, is n't it ?...
Oui ma belle, Terence Carroll, corrupteur de toutes les innocences, qui fâne toutes les roses * pourquoi vous rougissez ? voyons ! "une rose est une rose est une rose", pas ce que vous a ignominieu... hmmm... il est malin - inoculé *, disais-je, l'Ange des Ténèbres..."
Terence est le corrupteur de toutes les innocences, il fâne les roses et flétrit les âmes, les elfes et les anges - débauché insatiable.
Terence ["Oui ? qui est à l'appareil ?"] ??? Vous le verrez sourire à votre génitale virginité, la flétrir d'un baiser impudique, pour vous crier ensuite : "Allons, courtisane, va-t-en, ou amuse-moi ! il me faut des coeurs purs pour ranimer mes sentiments éteints."
Es-tu prête avec moi aux plus infâmes outrages contre la décence ? je veux ta passion offerte, overtrashy, et les plus effrayantes bacchanales de crimes ! - je l'écrirai ensuite par ma plume âcre et vénéneuse.
La vertu se languit dans les prisons et les asiles. Je vous offre, moi, la liberté !
- Au nom de César Imperator !...
Aussitôt ses oreilles furent heurtées d'une clameur hachée, métallique. ll n'était plus dans son blog. Machinalement il mit la main à ses yeux. Le soleil. Levant leurs lances et leurs enseignes, les soldats des cohortes rugissaient :
- Vive César !
Ponce Pilate leva la tête et la tourna vers ce soleil étrange. Il était épuisé. Tous ces connards. Qu'on en finisse. Il hurla :
- Barrabas sera relâché... et... Jésus... exécuté !!!
Il avait oublié son texte, son blog, et tutti quanti. La foule avait pas tout compris, mais cette énergie délirante lui rappelait Sarkozy, c'était si doux de se sentir dominé, déresponsabilisé. Soulagée, elle répondit d'une rumeur sourde et prolongée. Et il y eut un silence, et il y eut des rires.
Soudain, applaudissements déchaînés.
- Vive Césaaaaaar !
Voyant ceci, Pilate, d'un geste ample, jeta en arrière son manteau pourpre, fit un geste las, et désigna Jésus. Jésus désigna Pilate.
Jésus lui dit :
- T'as été très bon, sur ce coup-là.
- Toi aussi, mon fils.
Ils se serrèrent la main. Il était environ dix heures du matin.
Générique de fin...
Fond sonore, sifflements et explosions des bombes allemandes sur Londres, le bruit devient monstrueux, apocalyptique tandis que se déroule à toute vitesse le générique. Soudain le silence, puis une voix douce :
Per quod pactum ingressus es in corpus hujus puellae ?
Sous-titre :
"Par quel pacte es-tu entré dans le corps de cette jeune fille ?"
Librement inspiré du sublime 2ème chapitre
du "Maître et Marguerite" de mon ami Boulgakov
Terence Carroll