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Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

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J'me sens sacrément slave, ce soir



Au plus loin de mes souvenirs reviennent mes heures de piano - avant de partir à l'école, de 4 à 8 heures du mate - plaisir effrayant à nul autre pareil : ébloui par ce qui provenait de mes doigts - je dis bien "de mes doigts", car à l'époque j'ai pas cru une seconde que ce que j'entendais advenait d'un quelconque talent, non, je n'y étais pour rien, c'était de mes doigts que jaillissait la prodigieuse musique - et je m'écoutais, fasciné - même les arpèges mille fois répétés étaient d'outre nulle part offerts par les dieux.

J'ai tjrs cru aux dieux.

Dès le réveil je jouais - amoureux de la discipline tout autant que du son - de ma vie les repères sans lesquels je ne regardais l'éphémère existence qu'avec ironie - je me souviens comme d'hier du regard impitoyable que dès l'âge de quatre ans je portais sur la vacuité du monde et la frénésie mécanique des hommes à conserver le package de la vanité assortie à leur vie misérable.

Ouais. Avec le recul, vous confiant ça je me dis j'étais sacrément chtarbé dès mes quatre ans - et après on s'étonne que je n'aie jamais eu de rêves d'enfance.

Ben nan. Le rêve c'est "partager" avec l'être aimé une émotion - mais ça je l'ai compris en le vivant, c'est donc pas un rêve, juste une perception "a tempo" - toute simple.

Alors la musique. Le piano m'a sauvé la vie - plus tard se sont ajoutés le jeu d'échecs et la musculation - encore des disciplines qui exigeaient un travail quotidien sans jamais, jamais faillir - il en allait de ma survie. Non pas que j'aimais la vie - relire ci-dessus, c'est assez éloquent -, mais j'avais trouvé un adversaire à ma taille...

J'avais décidé d'être plus fort que la mort.

Vous comprenez ? Très vite il a fallu que je me taise - j'ai appris à dissimuler mes intimes pensées qd parlant nonchalamment de ces sujets à mes parents ceux-ci en loucedé faisaient venir des crétins en blouse blanche j'étais forcé de me parjurer c'était l'horreur.

Well ! 

A la maison y'avait que de la "musique classique". Pas de variétoche, pas de télé - le truc genre mon père c'est les femmes et les grosses voitures, et ma mère c'est sainte Thérèse d'Avila.

Le grand mystère était qu'il y avait qqs vinyles, une chaîne hifi - uniquement de la musique classique disais-je -, et que seuls ma petite soeur et moi nous en servions.

J'en ai déjà parlé dans un article, j'étais tout gamin mon père m'offrait tous les bouquins de SF que je voulais - tout heureux que je l'accompagne chez de vieux bouquinistes (lui, c'est l'astrologie qui le passionnait). Pareil qd j'ai souhaité un Pleyel à la place de mon vieux piano d'étude il s'est saigné aux quatre veines pour me l'offrir - je ne crois pas à la sainteté, pourtant mon père est un saint homme.

Et je ne plaisante pas.
 
Voili voilou, et les vinyles c'était - sans doute parce que ma mère est allemande - que de la musique russe.

Ce soir j'ai donc écrit sur deux de mes compositeurs bien-aimés, et ça donne ceci...



1)  Modest Petrovitch Moussorgski



La recherche de l'identité slave, prônée avec tant de vigueur par Balakirev, eut son plus ardent défenseur en la personne de Moussorgski. Issu d'une famille de nobles ruinés par l'abolition du servage et qui prétendait descendre du prince Riovrik, il cultiva son attachement aux traditions tout en se défendant des préjugés de castes.

D'abord élève des Porte-Enseigne de la Garde, il écrira dès ses 17 ans un opéra inspiré du "Han d'Islande" de Hugo. Devenu officier au régiment Preobajenski, il se liera avec Borodine - alors médecin militaire. Logique des couloirs invisibles.

Tous deux quittèrent alors la carrière militaire pour créer avec Balakirev, César Cui et Rimski-Korsakov le "Groupe des Cinq" défendant l'âme russe contre l'infuence de "l'Occident".

Dandy raffiné, romantique mêlant mystique et sensualité, il ne pouvait trouver meilleur sujet en découvrant Pouchkine et son "Boris Godounov". Il en fera un opéra monumental (1869-1872) marqué par la générosité, la hardiesse du style et l'hypersensibilité mélodique.

Il avait alors trente ans - connut aussitôt le succès, et une carrière tout aussi prodigieuse que météoritique... Il s'enfermera dans la solitude et l'alcool, subira une attaque vasculaire en 1880 et, paralysé, mourra un an plus tard, à 42 ans.

Moussorgski était aristocrate et poète, il puisa son inspiration dans l'envoûtement de la beauté tranquille des lacs et des forêts de Pskov - la région même de Pouchkine. Le morceau ci-dessous est pourtant bien inquiétant...

Ecoutez cette transcription pour piano d'
"Une Nuit sur le Mont Chauve" :





2)  L'Enfer selon Tchaïkovski



Les influences littéraires (Shakespeare, les Romantiques Allemands...) et musicales (Beethoven, Liszt, l'art lyrique italien) se sont fichées dans l'esprit de Tchaïkovski comme autant de lames déchirant les plaies intérieures qu'il s'acharnait à cicatriser dans sa vie intime par une introspection permanente et obsessionnelle.

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), homosexuel à la recherche de la femme idéale, était un être tout de passion et de fureur. La prolixité de son oeuvre montre pourtant qu'il savait contenir sa rage, retrouver la lucidité au milieu des déchirements - mais l'excès parfois de ses formes musicales, ses phrases outrancières ou la rigueur maniaque de sa précision, illustrent la tentation de la décadence au sens de Wilde ou de Huysmans.

Fasciné par la virginité ("Ondine", 1870 ; "La Pucelle d'Orléans", 1881 ; "La Belle au Bois Dormant", 1890), et par la mort ("Le Lac des Cygnes", 1876 ; "Manfred", 1886 ; "Hamlet", 1888 ; "La Dame de Pique", 1890), Tchaïkovski traversera sa vie en acteur étonné, bouleversé de son propre rôle.

Il ne consommera pas son mariage, tentera plusieurs fois de se suicider, vivra des passions brûlantes et platoniques - avant de mourir complètement out, impuissant à régir contradictions et démons... 

Et zut ! Y'a qqs mois j'avais repéré sur youtube Hiromi Uehara ma pianiste de jazz bien-aimée (voir colonne de droite module vidéos) jouant Tchaïkovski...

...A la place je découvre une homonyme,
Ayako Uehara (est-ce la soeur ?), qui justement joue le "1er concerto pour piano" de Tchaïkovski ! 

*  je me demande si je suis bien lucide, là  *

 


1er mouvement du concerto n°1 de Tchaïkovski




400px-Tchaikowski-concerto-piano-theme.png

 

Terence 

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C
moussorgski est un ange..Que j'ai etudié au collège, sa nuit sur le mont chauve me laissait perplexé..;ej me demandais s'il parlait d'un crane en particulier ( au collège j'etais déjà un peu barrée...). Alors comme cela ton père aimait l'astrologie ? ( et pourquoi pas la théologie aussi ,dis moi ( tout ) pour une fois... ta mère est allemande... very surprising indeed. Dans la Bible aussi on parle en "Langues" mais pas sur let net ( ou si peu ). bon ce com est abscon, mais je me comprends ( à demi maux)...:D
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F
Dehors, la flore est à l'orage...
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S
De tes écrits, tu es étrange et finalement un rien fascinant...peut-être... ;-)
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