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Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

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"La vie est volonté de puissance"

 

Pour pouvoir penser en allant au fond des choses,
il faut se défendre de toute faiblesse
.

 

"L'homme puissant est celui qui a pouvoir sur lui-même, qui sait savoir entre parler et se taire, qui prend plaisir à exercer contre lui-même sa sévérité et sa dureté. C'est un coeur dur que Wotan a mis dans mon sein, lit-on dans une saga scandinave. Un homme de cette sorte est fier de n'inspirer aucune compassion.

[...] Les jugements de valeur d'un homme montrent la structure de son âme - ce qu'il considère comme ses conditions de vie, sa nécessité propre.

[...] Les hommes ordinaires, qui se ressemblent entre eux, ont été et sont tjrs avantagés. Les plus singuliers, les plus difficiles à comprendre demeurent souvent seuls, et succombent aux accidents du fait de leur isolement. Il faut une prodigieuse force pour contrecarrer le naturel de l'existence humaine.

L'échec, le naufrage des hommes hors du commun est en effet la règle : il est horrible d'avoir cette règle constamment sous les yeux. L'état de "perdition" gît tjrs dans l'homme d'élite, cet éternel "trop tard" dans tous les sens du mot.

Ce tourment l'entraînera peut-être un jour à se retourner amèrement contre son propre sort et à tenter de se détruire lui-même.

[...] Dans tous les cas remarquables le même phénomène se reproduit : ainsi la foule adore un dieu, mais le dieu n'est au fond qu'une malheureuse victime.

Le succès a tjrs été le plus grand des menteurs. C'est l'oeuvre elle-même qui invente après-coup celui qui l'a créée. Dans le monde des valeurs humaines la fausse monnaie règne.

Les grands poètes, par exemple, les Byron, Poë, Leopardi, Kleist, considérons-les tels que l'on doit les aimer : hommes de l'instant qui passe, sensuels, enthousiastes, puérils et frivoles - avec des âmes qui ont une fêlure à dissimuler, se vengeant par leurs oeuvres de leurs blessures intimes.

Idéalistes, en permanence ils sont en proie à l'incertitude qui les transit de froid.

On comprend que les femmes, avec leur don de voyance dans le monde de la souffrance, comblent de tels hommes d'un dévouement sans limite que la foule ne comprendra jamais.

[Le problème de l' "attente"...] Il faut un nombre  considérable de hasards et de circonstances imprévisibles pour qu'un homme singulier, parmi les autres hommes, parvienne à "opérer sa percée" lorsque l'heure est venue. Cette chance ordinairement ne se produit pas. Ou alors, "il est trop tard".

Le génie n'est sans doute pas si rare, mais il lui faudrait cinq cents mains pour dompter l'instant favorable. Combien d'hommes se sont ainsi avec horreur "réveillés en sursaut", usés par l'attente, alors qu'il était trop tard !

[...] Voyageur, qui es-tu ? Je te vois passer ton chemin le regard indéchiffrable, humide et triste, comme une sonde qui, remontée des profondeurs, est impatiente de nouvelles plongées - que cherches-tu donc si bas ? - qui es-tu ? Repose-toi. Qui que tu sois, dis-moi ce que tu désires. Tout ce que je possède, je te l'offre.

- Oh, que dis-tu là ? Je t'en prie, donne-moi...

- Quoi donc ? Parle !

- Un masque de plus. Un second masque..."

 

 

Nietzsche
("Par-delà le bien et le mal", 1886)

 

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