Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Après trois jours de boulot. Chez moi, sur Linux, parfois sur Mac. Pas Windows, que je réserve à ce blog (pourquoi ?).
Trois jours à me défoncer, très peu de sommeil, et cette nuit je pouvais « enfin » dormir. Ouais, c’est mon organisme qui l’a demandé bien poliment, je lui ai fait une fleur, je suis décidément TROP bon, faut que je m’aiguise un peu. Sinon je vais encore me prendre une lame dans le dos.
Dormir avec la crasse immonde du sentiment du « devoir accompli », quelle faute de goût… Paris me corrompt.
Hélas ! Horrible nuit d’angoisses physiques. Rêves sublimes, mais me suis réveillé dix fois en total manque, et j’ai morflé.
Cependant, lever 2 heures du mate. Génial. Méga p’tit déj’ survitaminé, puis douche glacée pendant 20 minutes.
Ensuite, transformé en monstre, ½ heure de stair-machine réglée très lourd, 2 heures de muscu sur Kettler. Dont 20 mn de butterfly (mon exercice préféré) en mouvements très lents, hyper contrôlés, jouissance suprême.
Et ma ½ heure de sac de frappe. Mortel.
Messages répondeur… Elles veulent toutes me culpabiliser. Olenka, Muriel…
Tiens, faut que je raconte un jour ma rupture, avec celle-là , j’ai été une belle salope, j’étais un ado capricieux, aujourd’hui je fais gaffe à plus faire de mal à personne, longtemps j’ai pas été moi, mon vrai moi c’est qd j’étais gosse, que je faisais mes 4 heures de piano chaque matin AVANT d’aller à l’école à 8 h, j’étais un ange, je le redeviens, ce blog, comme qqn me l’a fait remarquer, c’est autant une « confession » qu’un journal intime.
Cependant je garde des traces de cynisme, je sais. Et de frime, je sais. De fatuité et de suffisance, grave. Mon bouclier. Je m’en passerai qd je me serai surarmé.
J’en sortirai. Déjà ces confidences. Et la solitude. Pour qu’on me croit, faudrait que je sucre les premières lignes de cet article ? T’as tout compris, merci. Mais j’écris pas pour convaincre. J’écris pour devenir un saint. Oui c’est mégalo. Et alors ? Désolé je fonctionne par excès, je l’ai déjà dit.
Basta.
6 h 24
Relu beaux passages de "La Voie du Jeet Kune Do", de Bruce Lee.
Je passe bcp de temps à m’imprégner de DVD de combats : Le Sens du Devoir 3 et 4, Magnificent Warriors, Iron Angels, Lethal Lady, Angel Exterminator…
Triste et résigné. Je cultive mon « beau corps », comme ironise Léonard. Mais suis désespéré de plus pouvoir faire mes tractions du BOUT de deux doigts – comme je le faisais aisément chaque jour par longues séries entre 12 et 18 ans. C’est depuis peu que je me rends compte de mon effroyable faiblesse par rapport à mon adolescence – où ce genre de performances me paraissait la moindre des choses pour survivre.
Ne me reste que l’écriture. M’exorciser. De mes démons, cités ci-dessus. Mais surtout de ma totale schizophrénie entre l’être et le paraître. Que ça cohabite en moi en me détruisant, j’en peux plus.
6 h 30
Je pense à la maman de Patrick Le Bris. C’est un truc douloureux, ça se passait fin 1988, j’avais à peine 14 ans, j’étais puceau. Elle vivait seule avec son fils, dans un petit deux-pièces minuscule de la rue Crébillon (Nantes).
Son fils était mon seul ami, et à l’époque nous passions notre temps dans les rues à tenter d’aborder les filles. Les filles me terrorisaient, c’était une terrible épreuve.
La mère de Patrick était merveilleusement belle, très brune et coquette. Son appartement était superbement meublé et décoré à l’ancienne, mais sombre et mystérieux. J’étais venu chercher Patrick, il n’était pas là. Elle m’a dit que j’étais beau, m’a demandé de venir avec elle dans le cabinet de toilette pour me peigner.
Je me suis assis, tout timide, devant la glace, et elle, debout, m’a passé le peigne dans les cheveux, les a caressés, et a regardé mon visage sous toutes les coutures, et m’a dit : « Oh ! On dirait que vous avez une petite déviation de cloison, quel dommage !... Mais vous êtes quand même très beau… »
Elle me parlait chaleureuse et troublante, j’avais peur… Je l’aimais, elle était si belle, et je la trouvais bizarre – et je trouvais aussi étrange qu’elle vive seule avec son fils, sans mari. J’avais 14 ans et j’étais envoûté…
Lorsque j’ai revu par hasard Patrick presque dix ans plus tard, en 2002 (lors d’un tournoi d’échecs), je lui ai tout de suite demandé des nouvelles de sa mère… Et j’ai appris qu’elle était morte !!! Dans un accident de voiture.
Je suis triste. Ce matin, c’est ELLE qui me manque.
6 h 42
Quel blues en pensant à elle !
Comment une femme aussi jolie et vive pouvait-elle être aussi seule et malheureuse ?
Mon père la trouvait également hyper belle…
Il y a une douzaine d'années, je parlais à mon père (au téléphone). Je lui fais une petite confidence : c’est cette femme qui m’a appris l’amour… Stupéfaction muette de mon père, et je devine ce qu’il va me dire… Il l’a aimée... Il est sorti avec !...
Elle l’a quitté. Il voudrait bien savoir si j’ai vécu mon histoire avec elle avant ou après lui. Et ça monte crescendo. Tant d'années après, donc, une terrible querelle naît, jalousie entre père et fils. On s’adore pourtant. Mais il se met à me reprocher des trucs dingues. Comme de ne plus aller « à la messe » !!!
Et raccroche.
Il a voulu en reparler vingt fois. J’ai refusé. Je n’entrerai jamais dans ce jeu.
Mais je le comprends. S’ajoutant à l’impuissance de ne pouvoir haïr son rival (son fils !), ne pouvant que se haïr lui-même de sa naïveté. Trop d’orgueil. Pourtant je considère mon père comme un saint.
Ce matin cette femme sublime me hante. Enormément de mal à taper ces lignes.
7 heures
A la radio, une fille intervient. Elle est aujourd’hui aux « Narcotiques anonymes », dit-elle (c’est quoi ce truc ?). Et elle raconte sa vie. Voix très jeune, vive et sensuelle, mais elle doit avoir dans les 35 ans.
- Premiers Quaaludes à 9 ans (elle dit « Mandrax »). Trouvés dans la pharmacie de ses parents.
- Dépucelée à 13 ans ivre morte (« volontairement », dit-elle [?]). Elle a adoré ça. S’enivrait tout le temps pour avoir plus de plaisir.
- A 18 ans, début de l’héroïne. D’abord des lignes. Puis des shoots.
- En 2003, crise cardiaque, coz trop de fix de coke. « Je shootais bcp de coke. »
- A arrêté la dope fin janvier 2004. Aujourd’hui joyeuse, pleine forme, cherche le sens de la vie.
J’entends :
« Pas de bien, pas de mal, juste l’ignorance de la connaissance [OK, continue…] Pour parvenir à la connaissance : A – Admettre qu’on a un problème de dépendance, et qu’on a besoin des autres. B – Passer de la microsociété à la macrosociété. Même chose. Et transmettre. »
Yes.
7 h 10
Pour une short story à écrire d’après un souvenir de ma traversée du Sahara (gentillette, par « l’occidentale ») :
Titre : Le corbillard des sables.
Sous le soleil, j’écoute une mélopée arabe en rêvant aux filles. Celles qui sont les « croix renversées ». Je suis à Tan-Tan, non, plus au sud, sous El Aaioun on va dire. Non loin d’une plage, un abri en tôle ondulée. Des mouches tournent ici depuis des siècles, des caisses sont entassées là comme à l’abandon. Toute vie me paraît dérisoire. On est dehors. Il y a là le champion du Maroc junior du lancement du disque – quel soleil, quelle chaleur ! Tout le monde semble souffrir. Pas moi. J’ai l’impression ils se la jouent aventuriers. Des tout-débutants. Le sable se tamise dans le ciel à perte de vue – le mec a placé son coude sur une table de circonstance - deux caisses empilées -, il veut me faire un bras de fer, c’est rigolo (il se prend pour qui ?).
Moi je suis pas là.
J’écoute la mélopée lancinante d’une chanteuse berbère, mon esprit se promène halluciné dans l’entrejambe d’une fille, je porte le toit de ma solitude, je ne sais pas ce que je fais là, demain je traverse le désert, ça fait des semaines, des semaines… J’attends le corbillard rouge mené par un cochet de sexe aléatoire (mais il est nu et c’est une fille).
J’attends le corbillard qui me fera traverser le désert.
7 h 35
Après sa traversée au-dessus des chutes du Niagara, au funambule Philippe Petit :
« N’avez-vous pas peur, au milieu de votre fil ? »
D’une voix si humble, si douce, il répond :
« Peur ? Mais peur de quoi ?
- De tomber !
- … [???... C’est quoi, cette question…]
- De tomber, vous n’avez pas peur ?
- Mais je ne tombe pas. Je ne tombe pas... »
Terence Carroll