Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Je l'ai connue à sa sortie d'hôpital, elle s'était ouvert les veines, j'étais le mec de sa copine Sylvie, on était venus en groupe chercher la jeune désespérée pour la raccompagner royalement jusqu'à son apparte.
Nous sommes le soir, en chemin on fête son retour à la vie, on est tous au resto.
Céline, qui s'est rebaptisée Karin, 20 ans, est célèbre sur Nantes pour sa beauté et ses fêtes saphiques, les plus dardants des play-boys nantais sur elle se sont cassé les dents.
C'est une fille brillante, provocante, très mince, allure androgyne, jean de cuir noir moulant, veste noire rayures grises cintrée, peu de seins, très "Arthur Rimbaud" style.
En fin de repas, Sylvie me dit en douce : "Je sais ce que tu vas faire... Je ne t'en veux pas, donne-moi les clefs, je t'attendrai."
Cette nuit-là je suis chez Karin. En sortant du resto, sans rien dire elle m'a tendrement pris la main, et mené jusqu'à son home. Un vaste appartement, et waou, d'immenses toiles expressionnistes partout. La demoiselle peint, et c'est sublime. Embarquement immédiat.
Elle, mutine, me fait un grand numéro - je me fais presque violer. Presque. Je ne bande pas !
La catastrophe. Mon premier accident de collectionneur. J'implore Karin. Souveraine, elle me laisse la vie sauve. Pas l'honneur. Je lui refais ses pansements aux poignets, et elle s'endort paisiblement dans mes bras.
Impossible de dormir. Que m'est-il arrivé ? Totale obsession et je vais en crever si je trouve pas la solution. No choice. Je dois tout de suite vérifier.
Il est trois heures du mate, je m'extirpe méticuleusement des bras de la belle, m'habille en catimini, et traverse les longs couloirs de l'apparte, tjrs sans un bruit. Je me glisse dehors, prenant soin de ne pas derrière moi tirer la porte. Je vais revenir.
Je dévale l'escalier, je cours, à la vitesse de l'éclair j'ai traversé toute la ville, j'arrive chez moi, je frappe, une Sylvie tout étonnée fond dans mes bras, et je lui fais l'amour somptueusement, dans les règles de l'art.
Sylvie est tellement heureuse...
Un peu sonnée quand je lui dis : "Excuse-moi, j'y retourne..."
Je me rajuste, dévale l'escalier, retraverse la ville à la vitesse de l'éclair, et monte quatre à quatre les sept étages. Fffffh... Fffffh... Je pousse la porte restée entrouverte (ouf !!!), me faufile jusqu'au lit...
Karin, comme une enfant, dort.
Des pieds à la tête je l'effleure longuement, s'ensuivent d'exquises caresses et son entrecuisse inondé. Waou. La vie a repris son cours. Le regard de Karin me supplie. Je lui fais l'amour somptueusement, sans d'autre règle que tenter de la faire jouir.
Karin est tellement heureuse...
Ni vu ni connu.
Je suis quelqu'un d'extrêmement scrupuleux.
à Karin, trois ans d'un fol amour, & for ever & ever,
Terence