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Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

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A Claudie, ma belle endormie



Le vieillard d'hier est l'enfant de demain.
Les disparus se retrouvent, les égarés se rapprochent,
les morts renaissent. Il n'y a pas d'absolue séparation, et
à l'initié la seule absence ne peut causer de chagrin.
Fulcanelli





J'écoute en repeat le 24e Prélude de Chopin, je viens de laisser trois posts bredouillants sur vos fils, amis inconnus, mais il vaut mieux, en dépit de la souveraine défiance quant à ces "articles" qui partent toujours trop vite et à mon corps défendant, que j'écrive.


Ecrire... Mais décidément, cet article qui aussitôt mis en ligne m'échappe, n'est-ce pas contre moi-même prononcer la pire condamnation, et sentir de longues nuits durant le canon froid dans la bouche, ne plus savoir si le coup est déjà parti, ou s'il y a encore une chance fugitive à saisir ?...


Une chance à attendre... Toi ?... Oui toi... T'attendre, tes commentaires à toi... A toi qui passes, et qui sans le savoir me sors de l'accablement, toi l'ami inconnu auquel je parle de mon ange disparu.


Quoi que je fasse ou je dise, il faut qu'au bout du geste ou de la phrase je me porte à moi-même le coup fatal, qui m'aliénera celui qui me lit. Je dissipe, en qqs balivernes, les vagues paroles lucides que j'étais parvenu à émettre.


Ainsi, m'apprêtant à parler de Claudie, il me semble toucher du bout de mes doigts son âme inexpugnable, la comprendre, je vais trouver les mots pour parler d'elle et des délices qu'elle me sert, il me semble la saisir, la "ravir" dans le sens du Ravissement de Lol V. Stein (Duras) et, exalté par mon enchantement, je retombe dans les délires complaisants de la paranoïa, qui embarque le sens dans les fonds glauques où règne la déliquescence misérable, et meurt l'entendement.


Alors, en qqs non-sens, je balaie les idées pour lesquelles je m'étais précipité sur le clavier. Je veux, mon ami inconnu, que tu le saches: pour moi, écrire un article dans ce blog c'est forcément me trahir - non pas seulement tomber le masque, hélas ! mais passer par dérapages successifs aux déclarations fracassantes et ridicules de celui qui se laisse emporter par ses obsessions.


Si encore celles-ci étaient traduites avec habileté ! Non, elles m'emboutissent le caractère, je deviens péremptoire et vindicatif dans mes écarts, jusqu'à sombrer dans les poncifs et les amalgames qui ne méritent pas d'autre qualificatif que "vulgaires".


Il est vrai que dans ma quête à découvrir ma déesse, et attendant en vain de toi, ami lointain, une réponse, un commentaire, je perds les pédales.


A force de craindre de te déplaire, je ne peux qu'être à côté de la plaque. Je voudrais tant que tu me rassures ! Je tente de m'exorciser, et tu deviens le médium, entre moi et Elle... Bien sûr, le rôle est inconfortable...


Mais vous êtes tous, puisque vous me lisez, ces êtres qu'elle aurait voulu rencontrer, et c'est vers vous que je suis irrésistiblement attiré.


Je vis seul, dans mon petit deux-pièces parisien, retiré du commerce des humains, et il est des êtres, âmes de ce monde virtuel, auxquels j'écris, auxquels je m'offre - et j'ai la sensation de ne pas être écouté, d'être rejeté.


Oh, je ne veux pas t'encombrer, toi l'étranger qui vient en paix me visiter... Mais cher, cher ami inconnu écoute-moi, ne m'abandonne pas. M'étant isolé des plaisirs terrestres, si tout autant ici je suis seul, sans Claudie je suis mort.


Deux années de passion pour une fille dont je relis sans cesse les mails... Une passion qui ne s'altère jamais, car Claudie n'est pas seulement au sommet de mon panthéon, elle est l'héroïne sans laquelle s'écrouleraient les bases de mon théâtre - aussi tragique que frivole, souvent.


Le théâtre d'un enfant. Nietzsche - qui plaçait la solitude à la tête des quatre vertus, devant même la lucidité, le courage et l'intuition : 

"Arriver à maturité, c'est avoir retrouvé le sérieux que l'on mettait dans ses jeux, enfant."


Mon théâtre tragique et frivole... car les rencontres y sont bien souvent singulières - hors de propos, transgressives... Car mettre à mal la nature ! Le temps passé se mêle au présent, où le sang intarissable des êtres immortels de la fiction se mêle à celui de ceux qui vivent et ont vécu, lesquels par ces jeux se mettent hors-la-loi et échappent au couperet du destin naturel.


Je lis et relis les lettres de Claudie, depuis son décès, et me manquent tant de parcelles de sa vie, en aurais-tu, mon ami inconnu ?


Je fonds en la lisant, les larmes coulent sur mes joues creusées par l'insomnie, elle m'accompagne dans la solitude dont elle parle si bien, je fais corps avec elle, je me fonds en elle jusqu'à parfois me surprendre à lui ressembler, lorsque le miroir indiscret vient croiser, sournois, mes yeux égarés.


Elle est l'âme que je cherchais depuis l'enfance, et quand je lui ressemble je ne me révolte pas de perdre - sous le désir périlleux d'être "posséder" - mon âme. Et quant à être perdu, ou à chercher ma perte dans la quête suicidaire d'autres identités, que ce soit sous l'emprise de l'aimée !


Que le diable m'emporte, ou que Claudie m'emporte ! 

Lucifer, "le plus beau des anges", mais surtout "le plus vieil ami de la connaissance" (Nietzsche, encore...), Lucifer... ou toi Claudie... 

Claudie mon plus beau des anges, dont je bénis à l'avance toute sentence.

 



Terence

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