Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
J'ai craqué.
A minuit sortant hébété du forum CDC d'OB, furieux contre moi-même j'ai éteint le Toshiba, attrapé mon blouson Armani, pris mon mobile Samsung D520 et suis sorti, tjrs furax.
Dans le taxi mon abruti de chauffeur veut causer, je réponds pas, question d'hygiène, mais le parcours est long, alors s'il faut se tirer une bavette autant que j'en tire qqc. Je mets en marche mon dictaphone, et lui montre qqs photos de moi en galante compagnie et en action, histoire de voir s'il va enfourcher le trottoir et me faire une bande son. Cet idiot joue les connaisseurs, me regarde dans le rétro dit que je ressemble à Dugarry (n'importe quoi), me demande si je suis dans le cinéma (quel taré) et m'accable de fadaises pour finir par me proposer de la thune pour les photos.
Et avec l'air torve de me faire une fleur ! La nuit est mal barrée. Je me suis donné limite 4 heures du mate pour rentrer et écrire un article. Je rengaine les photos, qu'est-ce qui m'a pris ? J'éteins discretos le dicta et lui susurre de faire fissa s'il veut pas que j'me fâche. Quelle lavette ! Il a rentré les épaules, il tient à sa peau je vois vraiment pas pourquoi, bon, il fonce.
Chez Vanessa, tjrs pareil, elle me parle de sa déprime. OK t'as pas compris si je débarque sans même t'avoir appelée c'est que je sais que tu t'enfermes, que tu bouges pas en bonne fille de bourges de ton dupleix à mater des conneries sur ton bel écran large Bang & Olufsen qui me rend malade de jalousie. Je regarde jamais la télé, mais bon, j'ai mes DVD cultes.
Je lui sers à boire, je suis là pour son cinéma à elle, le dicta est à nouveau on, record, je sais qu'elle a l'alcool rigolo et brillant. Allez, belle enfant, moteur !
2 heures plus tard, je lui dis t'as été super mais pas question d'baiser t'es géniale et puis notre amitié. Je me barre, j'ai donc encore craqué, je sais même pas si je vais pouvoir tirer qqc de l'enregistrement, de son monologue à elle je veux dire, et je suis mal, presque fatigué. Je vais devoir lutter contre mes fantômes, mes hantises, mes pensées-parasites, m'écrouler chez moi une heure à contempler la vieille épée de Damoclès toute rouillée qu'un malin a suspendue là dès mon séjour au berceau.
Et les mille aiguilles de mes regrets éternels pour mes belles endormies mortes à la fleur de l'âge. [Il en racontera qqs-unes dans ses "Petites suicidées", NDLR] Et moi qui persiste et signe, alors que ça remonte du fond des âges mes premières amours. Onze années !
Il va m'falloir engager un tueur pour supprimer le p'tit con qu'a pris ses aises dans mon esprit, y choisissant mon plus beau fauteuil - le Voltaire où je pose nu le sexe haut et droit - désolé ici pas de photo je suis pas en mode adulte, et ça m'agace, mais bon j'aime me fixer un cadre sinon j'ai plus d'limites, c'est dur mais nickel.
OK le con qui zappe ma vie qd je travaille à saillir la pierre philosophale je m'en occupe. Je sais il est déjà mort de peur. Désolé, vraiment désolé mais mon joli, faut bien qu'tu dégages d'ma Babel intérieure. Non ?
Donc, un chouïa de sommeil. Point barre.
Ô mes princesses, revenez en moi, mes suites les plus luxueuses vous y attendent: vous les avez réservées à vie.
5 heures. Je viens de dormir une heure. Super forme, mais trop de rêves. Tjrs pareil. Le problème c'est qu'ils m'inspirent et me détournent des tâches que je me suis fixées. Je peux pas tout écrire. Et tout ça va ronchonner en moi pour un jour voir Dieu en face, un poil de lumière je veux dire, sur mon écran.
Bon. J'en raconte trois rapidement.
Je rêve d'Isabelle (pas revue depuis longtemps, la mignonne)... Merveilleuse mais déroutante, hésitante, désespérée, ivre, tantôt dans mes bras m'inondant de baisers, maigre et éperdue, tantôt me repoussant, voulant partir, accompagnée de deux mecs et trois copines. Elle veut partir vers un lieu qu'elle espérait depuis longtemps. J'étais calme, plein d'amour et de crainte, pourtant je me sentais fort.
A la fin du rêve, nous sortions d'un bar-discothèque au petit matin, ayant bu du punch. Beaucoup de punch. Moi qui bois pas...
Les amis qui nous accompagnaient, on les avait laissés. Tu comprends, jamais on ne s'était revus depuis notre séparation. Je tentais de la garder près de moi, je tentais de lui parler. Elle semblait m'adorer, n'avoir pas cessé de m'aimer, m'embrassait de toute sa bouche... Mais elle avait décidé autre chose - comme par lassitude, sans y croire, dans une espèce de désespoir, ou d'inertie dans sa nouvelle vie.
Elle n'était pas heureuse. Et cette folle impatience... Je la connais bien, quand elle baise pas suffisamment, tjrs irritée pour un rien. Elle avait envie de moi comme moi d'elle, mais elle s'était fixé un but, je sentais qu'elle y croyait pas vraiment, à ce but, qu'elle-même sentait - confusément - s'être bloquée sur un objectif qu'elle n'atteindrait pas. Cependant elle était engagée (ses parents, ses amis...) dans une vie pleine d'ambitions matérielles dans le moule de son éducation, ambitions si on veut - indignes d'elle, sans grandeur.
Quel volcan sexuel dans mes bras ! Egale à elle-même de ce côté-là. Seulement de ce côté-là. Et je me réveillai.
J'avais dit trois rêves. Je vous épargne.
Je trouve ça vraiment nul de raconter ses rêves. Mais je suis franc avec le blog. Je lui dis tout - faiblesses itou.
Terence Carroll