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Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

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Hantise, corriger, se corriger à jamais



Pardonne ces essais de systématisation, Natasha, j'essaie de tempérer les emportements prétentieux, superlatifs et pontifiants de mes attitudes publiques, sociales, misérables.


Ton jugement, pour toutes mes lettres, je ne peux m'en passer. Mais celle-ci, qu'elle disparaisse ! Dans l'isolement, je me suis laissé emporter par le vil besoin d'attirer l'attention, et y perds le peu de raffinement que j'ai gagné sur mon atavisme barbare (mon père adoré).


Cette perversité emporte dans sa gesticulation simiesque le sens de toute la lettre. Tu dois donc procéder de toute urgence à l'anéantissement.


Sinon, loin de fausser le job, l'élagage ("à mon âme, rugueuse comme l'écorce des arbres, tu peux te cramponner", te disais-je) permet de vivre, de forcer les défenses  jusqu'à  leur abandon, à coups de reins tu  le  sais s'il  le faut, contrôler  (ô dieux, coupez  mes racines !), assaillir  jusqu'à l'instant pointu ultime et définitif embrasement.


Je veux que tu ne détruises aucune des précédentes lettres (si tu les as encore, mais tu fétichises même tes bas, que tu tripotes fièvreusement du bout des doigts sur ton pubis dénudé où tu m'attends encore, toi qui crois aux poupées vaudous je le sais que tu les gardes), lettres dont la destination est personnelle - même si depuis mes envois je les ai passées au crible de mes incertitudes et de mon angoisse, au tamis de ma sagacité maniaque...


Mais là ce ne sont que fouilles, savoir sur quoi je bâtis les fondations de ma cathédrale d'amour et de sang, dont déjà les étoiles du firmament sont placées, bougies de mes chapelles latérales.

 

 

Terence

 

Tu sais mes traumas (my ass !), mon pathos, mes circuits cramés... et tous les résidus de macération en circuit fermé entretenus par une adolescence à cultiver mon apparence, mon influence, quiconque me contre je surcontre, pouvoir basculer dans l'hyperviolence - et quant au futur, Andy Warhol ou rien.
 

Message personnel: me croire à toi ? Je ne dois rien à personne, personne ne me doit rien, mille fois je te l'ai répété, alors Natasha, pour le cas où tu préserverais mes lettres de la disparition, je te demande ceci :

Brûle ma lettre du 18 octobre ("Faire l'amour comme une double suicide"). J'ai fauté gravement. Les lois de la syntaxe sont bien les seules que je respecte.  Je le sais, né je ne le suis pas encore, cependant ou pour cela, je refuse de laisser  la moindre trace d'enfantillage, ou de racolage même si je me suis devant toi défini comme gigolo métaphysique.
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