Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Pardonne ces essais de systématisation, Natasha, j'essaie de tempérer les emportements prétentieux, superlatifs et pontifiants de mes attitudes publiques, sociales, misérables.
Ton jugement, pour toutes mes lettres, je ne peux m'en passer. Mais celle-ci, qu'elle disparaisse ! Dans l'isolement, je me suis laissé emporter par le vil besoin d'attirer l'attention, et y perds le peu de raffinement que j'ai gagné sur mon atavisme barbare (mon père adoré).
Cette perversité emporte dans sa gesticulation simiesque le sens de toute la lettre. Tu dois donc procéder de toute urgence à l'anéantissement.
Sinon, loin de fausser le job, l'élagage ("à mon âme, rugueuse comme l'écorce des arbres, tu peux te cramponner", te disais-je) permet de vivre, de forcer les défenses jusqu'à leur abandon, à coups de reins tu le sais s'il le faut, contrôler (ô dieux, coupez mes racines !), assaillir jusqu'à l'instant pointu ultime et définitif embrasement.
Je veux que tu ne détruises aucune des précédentes lettres (si tu les as encore, mais tu fétichises même tes bas, que tu tripotes fièvreusement du bout des doigts sur ton pubis dénudé où tu m'attends encore, toi qui crois aux poupées vaudous je le sais que tu les gardes), lettres dont la destination est personnelle - même si depuis mes envois je les ai passées au crible de mes incertitudes et de mon angoisse, au tamis de ma sagacité maniaque...
Mais là ce ne sont que fouilles, savoir sur quoi je bâtis les fondations de ma cathédrale d'amour et de sang, dont déjà les étoiles du firmament sont placées, bougies de mes chapelles latérales.
Terence