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Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

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Opéré d'urgence, hôpital Georges-Pompidou


     Personne n'a rien remarqué. Ni dans le monde virtuel, encore moins dans le monde réel.

     Il est vrai que depuis le 31 j'ai déclaré la guerre à toutes les filles. Ce sera elles, ou moi. Donc ce sera moi. Virage à 180 degrés. Encore une qui a voulu ma peau, les autres, TOUTES les autres paieront pour elle. 

     Je suis un être d'amour, mon sang palpite pour mes frères humains. Je suis aussi un être bionique, mon sang est bleu, comme mes larmes, à l'image de la belle Jill Bioskop ou de Motoko Kusanagi. J'ai aimé, de toute mon âme, j'ai fusionné, on m'a quitté, je suis mort.

     Vivant, je m'inquiétais chaque jour d'oublier le moindre de mes gestes, la moindre de mes pensées, sûr de plonger dans la folie si je perdais un morceau du puzzle.

     Le fouillis des pièces du puzzle, c'est ma passion - et mon refuge. Je m'enferme dans le grenier de mon cerveau malade, et fouille pendant des heures à la recherche de la pièce manquante, et c'est la joie, car je la sais toute proche, monde interdit je t'explore, je te ferai la peau, et enfin me ressourcerai aux fontaines de sainteté de mon enfance.

     Le micro-climat de mes rêves, les effluves d'une odeur d'humus, et la "fille interdite" dont je parle si souvent, la fille qui vécut avant moi, sans moi, et qui m'a rencontré dans les récits de son imaginaire, où j'étais tjrs présent, présent tandis qu'elle se mourait solitaire - de langueur, disait-on au XIXème siècle.

     La langueur - mourir de langueur, le chaos est loin, l'ombre s'allonge et le désastre proche.

     Au milieu de mon puzzle à quatre dimensions, la fille interdite à mes côtés, les sens exacerbés par son sens du divin la rendant aussi sainte qu'aveugle - la suprême lucidité aveugle -, me prenant la main et pleurant mon absence, je l'embrassais passionnément - pleurant sa disparition -, et la confusion (quel mot, encore !) m'a tjrs mené à la panick attack, au Xanax et aux vingt milligrammes de morphine.

     Une fois de plus, dans l'atmosphère confinée, juste un soupirail comme relais vers les étoiles, je me masturbais lentement, et lentement elle m'apparut, mon ange noir mon amour, dernier lien sur le monde inviolé des adultes, et je bandais, je bandais d'une volupté sainte, le VRAI trouble de la solitude tant aimée, celle du recueillement sur l'aimée insoumise - qui m'aimait insoumise - moi-même insoumis.

     La volupté dans laquelle me plonge la mort - ma Belle Endormie -, "chancelant, il monta les blancs escaliers qui conduisaient à cette chambre où, le matin même, il avait couché dans un cercueil de velours et enveloppé de violettes, en des flots de batiste, sa dame de volupté, sa pâlissante épousée, Véra, son désespoir" (Villiers de l'Isle-Adam).

     Le venin inoculé à la naissance je te sais l'antidote, foncer dans les sens interdits jusqu'aux terrains abandonnés des hommes demande mille vies, ou l'amour. L'amour je le découvrais immobile comme la mort, la fille abandonnée ne se soumet pas, elle rêve, je me glissais en elle, l'éveillant, elle s'agrippait et me griffait, éperdue d'espoir, et je lui fouillais le ventre découvrir sous les strates ensemble les trésors "qui nous firent des larmes".

     Il est vingt-deux heures, déclenchement du répondeur. Coup de fil de Xavier : "J'apprends par Patrick que tu me hais... que tu as décidé de m'assassiner !!!" Vitupérations terribles qui "m'extirpent de mes rites autiques" (article "Retour de campagne du guerrier ivre"). Je laisse courir et retourne dans les bras de mon aimée.

     A peine une minute plus tard, appel de Sylvie : "J'ai préparé un super repas pour toi et ma copine, tu viens ?" Cette fois, je réponds consciencieusement, désespéré. Résigné, désabusé, j'ai appuyé sur la touche pilote automatique, RV à 23 heures.

     Attention, ça va devenir gore... Nous étions le 4 janvier au soir... Alors ? Personne ne s'est aperçu de ma disparition entre le 4 et le 11 ?...

     Je décide d'y aller à pied, par Bastille et République. Grand détour. Je souffre. Je ne comprends pas. Une violente douleur au ventre m'oblige à marcher au ralenti, à tous petits pas, à la moindre secousse mes jambes se dérobent, et je me retrouve plié en deux à même le trottoir. 

     Chaque fois je me redresse, et je grimpe mon Golgotha une main sur le ventre, attentif. Je sens Son coeur qui bat, j'ai mal, je sens que je vais faire un petit prématuré.

     Tel un moribond je file vers Sylvie, rue Portefoin n° 9.

     Peu avant République, rencontre inattendue. A une terrasse, Gilbert accompagné de Greg et de la nouvelle nana que je lui avais ramassée huit jours plus tôt. Grégoire, aux anges : "Quelle merveilleuse rencontre !" Il m'aime, ce mec. Elle : "Que tu es beau, ce soir..."

     Toujours, ma chérie.

     [La suite, plus tard - je dois changer mes pansements.]

 

Terence Carroll

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S
Interessant...
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H
A moi de te demander: ben t'étais où?! Oui, remarqué ta disparition, mais trop occupée à essayer d'émerger, de renaître... Je m'en veux. J'espère que tu vas mieux! Tu es dans mes liens depuis quelques jours, tu vois, tu n'as pas disparu en fait! :0010:
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Q
Euh... pas à moi ? Si ?<br /> <br /> Moi, je ne suis pas une fille... enfin, j'en suis encore une mais trop petite pour t'intéresser.<br /> <br /> Bisous, Térence. J'espère que tu vas bien...
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D
ah si ! j'avais remarqué ta disparition ( et pas celle à la Perec )...Par contre, declaré la guerre aux filles, ah Terence...Tu ne parles pas sérieusement, ça te ressemble bien peu, lol de chez lol...
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L
Je parle, encore, d'un de mes rêves... loin de la vie et du soleil, j'entrais dans une pièce sombre, et je me mettais à genoux. C'était il y a semble-t-il, des années. En vérité, 3 semaines ont passé. La date n'a aucune espèce d'importance, oui, je suis morte aux yeux de celui qui me voyait telle que je vous écrit. Mais alors, comment ?<br /> Dans l'amour que je porte à mes proches, j'ai caché autant de parcelles de mon âme, des gardiens de verre, je ne crains rien, car ceux qui m'aiment ici me protègent de l'oubli.<br /> Toi, l'enfant sacré de mon délire, a trahi ton propre corps en le rendant, une fois de plus, à la mort.<br /> Vois ces lettres de sang et ces larmes de métal, trancher ta chair répugnante. Tu m'as déçu. <br /> Et alors, puisqu'il apparait que je suis celle qui voulait ta mort? <br /> Non, repens-toi, enfant peureux, la seule coupable était et sera toujours celle qui te fait trembler quand tes yeux lourds refusent le sommeil. Le guerrier ne connait pas la peur. Mais la peur te connait si bien. Tu es celui dont elle se nourrit, celui qui la bouleverse, ta seule amante, et toi, son esclave éternel.<br /> C'est elle, enfant de la Terre, qui te cache de ceux qui t'aiment, c'est elle qui t'en protège, et qui t'en éloigne. Ta fidèle amie.<br /> Elle te donnera la main pour ton dernier voyage, solitaire alors tu seras, car sans corps elle te quittera, bien certaine d'avoir été ta seule demeure-TU m'as trahie, abandonnée, et quelle ironie de croire qu'en m'attaquant tu retournes ta douleur contre moi. Je suis blessée, déjà, et nul autant que moi ne connait si bien le cri de la défaite. J'ai vu, j'ai entendu, le dernier souffle, le dernier regard, les derniers mots, senti le dernier muscle serrer mes mains...<br /> Elles, ou toi ?!!<br /> Tu choisis toi, à défaut de partir en croisade contre le monde entier, à défaut de t'ouvrir à tes faiblesses. Surtout...combien de fois encore tomberas-tu, non de moi, puisqu'il ne s'agit pas de moi, puisqu'avant moi déjà tu tombais, et te relevais, Phoenix d'amour ?<br /> Tu aimeras encore. Et mes mots n'y changeront rien, et je ne pourrais rien y faire, tu tomberas encore. Je le sais, et si j'attache mon coeur à cette lettre, ce n'est pas pour m'en défendre. <br /> Tu connaissais mes peurs, mais tu te cachais des tiennes. Tu les voyais, mais il est tellement plus simple de passer au-dessus, de rejeter sans cesse la faute sur l'autre. Tu ne m'auras pas, à ce jeu, puisqu'encore il s'agit d'un jeu, morbide et de toi, tes règles, bel ange, qui se retournent contre toi.<br /> Je ne poste pas ce message sur mon propre blog. Il ne m'appartient pas, en réalité, et toi seul décideras si il mérite de survivre, s'il mérite d'être entendu...<br /> Ta fuite doit cesser, retourne-toi !
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