Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

"Lorsque, dans l'enfance, on nous raconte que vers minuit - à l'heure où le sommeil atteint notre âme de si près, à l'heure où les songes deviennent plus sinistres - les morts se relèvent et, dans l'église solitaire, contrefont les pieuses pratiques des vivants, la mort nous effraie à cause des morts.
Quand l'obscurité approche, nous détournons nos regards de l'église et de ses noirs vitraux.
Les terreurs de l'enfance, plus encore que ses plaisirs, reprennent des ailes pour voltiger autour de nous pendant la nuit de l'âme assoupie. Ah ! n'éteignez pas les étincelles :
Laissez-nous nos songes, même les plus sombres.
Nos songes sont plus doux que notre existence. Ils nous ramènent à l'âge où le fleuve de la vie réfléchit encore le ciel."
Madame de Staël