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Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

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Laisse pleurer la pluie sur tes yeux



Valérie Valère, 1979. Roman posthume, éd. Plon, avril 1987, 224 p. 
[Epuisé, et pas de réédition prévue (qqn fait barrage... qui ?).]


Valérie Valère écrivit "Laisse pleurer la pluie..." à la fin de l'hiver 78-79, peu avant la parution de "Malika". Le manuscrit fut refusé par Stock. Elle avait 17 ans. Bartillat (son éditeur et protecteur) n'avait rien pu faire, sur ce coup-là, il allait quitter Stock, et Vircondelet était le nouvel interlocuteur de Valérie. 

Ce refus l'a bouleversée - on la comprend, c'est à mon avis son meilleur roman.

 

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Valérie Valère en 1979

 



Elle a vécu ce refus comme une trahison. On entend bien dans les deux émissions de radio auxquelles elle participa à l'époque - une "Radioscopie" (interviewée 1 heure par Jacques Chancel) sur France Inter, et un "Radiophonème" (conversation d'1h30 dans les rues de Paris avec son ami Jean Couturier, ponctuée d'illustrations sonores et de lectures par Irène Omelianenko) - son extrême fragilité et son désarroi.

J'ai obtenu (par un de ses profs du lycée Racine) les K7 audio des deux émissions - mais les droits appartiennent à Radio-France, qui connaît ce blog... et j'ai interdiction absolue de les mettre en ligne. La voix de Valérie est déchirante, c'est clair elle a peur - des autres, mais d'elle-même aussi -, et s'accroche comme elle peut.

A l'époque elle se came à des cocktails anxios/amphètes/somnifs (!), parfois aux quaaludes (= Mandrax), produit aujourd'hui interdit en France. Les quaaludes, je connais... La molécule qui les compose, la méthaqualone, à hautes doses est un truc presque aussi violent que le LSD ! Et Valérie ne connaissait pas de limites pour retrouver ses rêves.

Bon, là, je m'abstiens de commentaires, sinon j'en ai pour trois heures à discourir sur la Valérie Valère de 1979 - l'époque-clef... Celle qui précéda la descente aux enfers jusqu'à son suicide le 17 décembre 1982. 

 

Extrait de la 4e de couv. 



Valérie Valère, accident de notre siècle, s'est tuée il y a quatre ans. Elle nous a quittés avec sa tendresse et son génie, son inquiétude et on immense lucidité. Le vide qu'elle a laissé dans son temps exigeait un moment de silence malgré l'existence de plusieurs manuscrits inédits.

Laisse pleurer la pluie sur tes yeux est le récit d'un amour fou entre deux adolescents. Ils vont vivre leur errance dans une ville indifférente et s'enfuir à coeurs perdus vers la mer, rompant ainsi les dernièes attaches. Leur escapade interrompue ne sera pas la fin d'un rêve mais l'invention même de la vie.

Voulant être "autre" dans ce roman troublant, sincère et fascinant, Valérie Valère est sans doute plus elle-même que jamais. 

 

 

Note de Christian de Bartillat



Ce roman posthume de Valérie Valère, dont nous avons publié l'oeuvre qd nous étions chez Stock - oeuvre qui avait obtenu un immense succès -, nous avons voulu le laisser en l'état, dans sa spontanéité et sa jeunesse qui lui donnent sa vraie réalité.

Ce livre d'une absente, nous le publions comme si elle était encore vivante. Certains pourront à l'occasion en critiquer les imperfections, mais nous pensons que la mission d'un éditeur est avant tout de respecter la forme et la pensée de Valérie Valère, ce "météore" que nous ne sommes pas près d'oublier. 

 

 

Extrait (début du chap. 2)



(Le roman est écrit au "masculin" - mais on reconnaît Valérie à chaque mot, c'est pourquoi je vous copie ce court extrait où l'on découvre toute la détresse du personnage - comme si celui-ci était elle-même - au "féminin", donc. Car il s'agit bien ici de Valérie Valère... Celle de "Véra".)


"Et de nouveau, j'ai poussé la porte de mon sanctuaire. Un lit défait, une table jonchée de livres et de feuilles, une odeur de renfermé et une atmosphère de désespoir, voilà mon unique refuge.

Mon corps, vidé de sa belle énergie, se traîne d'un mur à l'autre, mes pensées, reprises par leurs barreaux, tournent autour du point d'interrogation sans espoir de le faire disparaître. Résignée, j'enlève mon blouson, reste pantelante au milieu de la pièce, incapable de réfléchir.

Je scrute mes mains, me gratte la tête, soupire, arrache mes ongles... Je fais trois pas, m'assieds devant la table, me relève, soupire à nouveau, observe mes pieds. Et les images de mon horrible scénario se pressent autour de moi : elles veulent m'anéantir.

Elles peuvent toujours essayer, je m'en moque, on ne détruit pas les êtres déjà mort." 

 

Terence Carroll

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K
bonsoir Terence<br /> <br /> en cherchant Valérie sur internet<br /> j ai ricoché sur ton blog <br /> <br /> et comme le precedent commentaire j aurais voulu savoir si il y avait une possibilité d ecouter les deux emissions<br /> <br /> et comme le precedent commentaire je te laisse mon adresse<br /> kinelesontpas@caramail.com<br /> <br /> en te remerciant<br /> a bientot
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L
Bonjour, désolé d'avoir posté dans la mauvaise rubrique la dernière fois...<br /> J'ai hâte que que tu puisses publier bientôt la vraie biographie que tu prépares sur Valérie Valère... Pour les deux émissions radio, y aurait-il une possibilité de les écouter ? merci de me contacter à l'adresse 3r9vs1u6ksl9uoo@jetable.com
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H
Oubli... J'ai choisi de mettre mon com ici car IOANA écrivait un livre autobiographique. Elle avait presque fini... Une amie écrivaine de IO va le mettre en forme. J'espère qu'il sera publié. Bises..
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H
Cher TERENCE, avant de me coucher, je ne pouvais m'empêcher de te le dire: IOANA s'est donné la mort la nuit de jeudi à vendredi... J'ai trouvé décent de t'en faire part, car tu m'as soutenue lorsque je lançai mon appel (presque dans le vide) au cdc... Aujourd'hui qu'elle est morte, les posts affluent... Ca me mine encore plus. Facile d'être solidaire quand il n'y a plus rien à faire. On n'aide pas les vivants mais on se complaît à les pleurer lorsqu'il est trop tard!<br /> Ta phrase " How is eternal life in the grave, baby ?" me taraude... J'espère que, là où elle est, elle est heureuse. J'espère qu'elle "est" toujours. J'ai du mal parfois à me faire à l'idée qu'il n'y ait rien après... Surtout pour ceux dont la vie terrestre n'a été que souffrance. Je t'embrasse. Je te lirai dès que j'aurai la tête moins encombrée d'idées noires. Bonne nuit. Merci.
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