Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Zoë Tamerlis, artiste et écrivaine américaine - auteur avec Abel Ferrara du scénar de "Bad Lieutenant" -, était la junkie sans regrets - croyant aux shoots d'héroïne comme d'autres croient en Dieu, et y trouvant à la fois l'inspiration et une réponse à sa permanente quête du sens de la vie.

Zoë Tamerlis
Zoë était, faut dire, d'un génie incroyable, et dans tous les domaines.
Injustement étiquetée simplement "actrice", elle était musicienne (pianiste et compositeur), mais aussi poétesse, écrivaine (et très "engagée", militante activiste pour le respect des Droits de l'homme), sa vie tout entière tournée vers la recherche de la Vérité - et le "dérèglement de tous les sens", nul autre qu'elle ne pouvait mieux en parler - étant la mutine et troublante incarnation de la phrase de Rimbaud !!!
(Pour écouter sa voix étrange - extraite de Bad Lieutenant -, cliquez plus bas, sous son propre texte cité en anglais, ou tout de suite, ici : Sound Clip )
Zoë Tamerlis, je l'aime et l'admire, pour tjrs et à jamais.
Zoë Tamerlis - dont les textes sont parmi les plus singuliers que je connaisse - a sa place auprès des Fassbinder, des Pierre Clémenti, des Pasolini, et autres Jim Morrison - avec le bon goût de venir comme celui-ci mourir d'une OD à Paris - une place bien haut dans le firmament des chercheurs de Vérité qui mettaient en permanence leur peau en jeu - plutôt que de laisser un seul instant la place à la tiédeur des âmes pusillanimes.

Ici en compagnie de Abel Ferrara en 1992
Ce pur joyau - à l'extraordinaire beauté et à l'intelligence inouïe - est mort le 16 avril 1999. Elle avait 37 ans.
Et... injustice qui me laisse depuis lors total révolté contre les médias, qui se souvient d'elle, hors les poètes et mystiques maudits calfeutrés dans leur studette de 9 mètres carrés au 40000e étage sans ascenseur ???
OK, et qqs dingues de la scène underground... bon, qqs cinéphiles aussi, bien sûr, mais qui généralement ne connaissent que la face visible de leur monomanie. Lesquels connaissent la vraie Tamerlis ?
Pour illustrer ma révolte contre la réécriture de l'histoire de la pensée par les médias - en parlant de Zoë Tamerlis, un exemple : qd elle est morte, qqs jours après partout sur le Net la nouvelle a été répandue... Mais tous, je dis bien TOUS les autres médias ont fait comme s'ils n'étaient pas au parfum !!!
Ainsi, aucune radio ni aucune télé - du monde entier, y compris aux Etats-Unis, où elle était pourtant célébrée dans les milieux sulfureux à l'égal de son mentor Abel Ferrara - n'a évoqué sa mort ! Idem pour les journaux et revues. Il a fallu attendre un an pour que qqs organes de presse osent parler de la mort de Zoë, et évoquer sa carrière !
Evidemment, une fille pareille, aussi douée et géniale, prônant le sexe et les drogues dures pour s'épanouir et découvrir le sens de la vie, c'était hyper tabou.
Motus ! Attention à nos enfants ! Le bien, le mal, blablabla. Et Nietzsche, bande de crétins, vous allez aussi continuer à faire semblant de croire qu'il prônait une idéologie fascisante, peut-être ??? "Dieu est mort" signifie "le judéo-christianisme est mort", pas le °°° - désolé pour cette évidence, mais parfois je craque, à entendre la façon misérable dont on enseigne Nietzsche dans les universités - qd il est enseigné (lire absolument "Explosion", tomes 1 et 2, de Sarah Kofman - sur laquelle j'ai déjà écrit plusieurs articles) !
Je m'égare.
Bref ! Black-out autour de sa mort, puis de sa mémoire, alors moi le Redresseur de tords, le Défenseur des causes perdues, le Robin des Bois du Web - nan, même pas mégalo, le mec - (houla, sujet important : Terence, STP, pars pas en vrille !) - donc je veux faire redécouvrir la sublime et géniale Zoë Tamerlis.
En France, on a donc eu droit à un petit entrefilet, un an après sa mort, et c'est bien sûr les Inrocks, grâce à Patrick Eudeline (autre génie, mais lui, bien vivant), qui s'y sont collés, avec un petit encadré dans le numéro du 11 avril 2000.
(Je me répète, mais je rappelle qu'elle était morte le 16 avril 1999, et que l'info avait aussitôt été diffusée sur le Net !)
Voici le texte des Inrocks (du 11/04/2000, donc), in extenso :
"ZOË'S FUNERAL
Zoë Tamerlis, l'une des collaboratrices les plus régulières d'Abel Ferrara, est morte. Ce décès a échappé à bcp, puisqu'il vient à peine d'être annoncé et encore, dans des fanzines extrêmement pointus.
Cette icône de la scène underground aurait disparu des suites d'un malaise cardiaque à Paris... au mois d'avril 1999 !
Zoë Tamerlis-Lund fit son apparition sur les écrans en tenant le rôle principal - une jeune femme qui se vengeait de son viol en pratiquant sa propre justice punitive - dans "L'Ange de la Vengeance" (1982), le troisième long métrage d'Abel Ferrara, pour qui elle coécrira le scénario du traumatisant "Bad Lieutenant" (1992), où elle jouera d'ailleurs son dernier rôle au cinéma : celui de la junkie qui préparait ses prises d'héro du personnage d'Harvey Keitel.
On se souviendra de la présentation de ce même film à Cannes où une Tamerlis rageuse monta sur scène pour rappeler vertement les spectateurs quittant la salle qqs minutes avant la fin du film."
Voilà. Je ne relèverai pas cette nuit les erreurs sur la filmographie de Zoë - elle a tourné avant 1982, et tournera encore après 1992 - je préciserai tout ça dans un autre article.
En attendant, je voudrais surtout lui rendre hommage en reproduisant ici une page de son talent avec un (court) extrait de son "Bad Lieutenant" :
70 x 7
("The Vampire Speech")
an excerpt from
the motion picture
Bad Lieutenant
written by
Zoë Tamerlis
| Bad LT: | Harvey Keitel |
| The Junkie: | Zoë Tamerlis-Lund |
|
|
| INT: Very Late Night - The Junkie's Home
CUT TO : |
| The monologue as spoken by Zoë |
( Texte tiré du site que lui a consacré celui qui fut pendant cinq ans son compagnon - site américain, extraordinaire mine d'infos justes et précises sur Zoë Tamerlis = > www.zoelund.com.)
Voici le témoignage de Richard Hell - musicien et écrivain (auteur du superbe roman "L'Oeil du Lézard", éd. de l'Olivier) - qui fut (tiens ! encore un junky lol) parmi ses plus fidèles amis :
"It always makes me happy to think of Zoë. I've known a lot of serious drug users, but Zoë was Queen. You've got to admire someone as committed to it as she was. She didn't just LOVE heroin, she believed in it. (I might be way out of date, as I saw her most in the '80s and then she moved to Paris a few years ago...) Unlike the stereotype of the junkie, she was always stoked with enthusiasm, for drugs of course, but also for revolutionary politics, movies and writing, and then for RATS. I'll never forget visiting her in her huge old East 10th St. apartment in the early '90s and finding it carpeted (I'm not exaggerating) with rats. It was positively psychedelic. All surfaces were alive with them. A bureau drawer was the maternity ward, quivering with dozens of translucent little rat babies. We talked about doing the movie I'd written about Theresa Stern, and I have a great 45 minute videotape of her reading the part. She looks so gorgeous, but what's up with that finishing school accent?"
[Le 15 mai 1999 - Site de Richard Hell > CLIC]
En conclusion de cet article - bien court pour évoquer une fille telle que Zoë Tamerlis -, une phrase tirée d'une de ses interviews (1997) :
"That which is not yet, but ought to be, is more real than that which merely is."
Terence