Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et le suprême plaisir. Absorbe avec délice la douleur - au miroir que je te tends tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.
Pourquoi ai-je tant de mal à écrire, à PASSER A L'ACTE ?
C'est quoi, passer à l'acte d'écrire, sinon passer l'essentiel sous silence. Ce que l'on tait est tjrs plus important que ce que l'on dit.
Le paradoxe étant, pour moi qui ne suis capable de souffrir que si je cesse de m'autocensurer, la nécessité absolue d'écrire.
Je n'ai pas le choix des armes, ayant résolu - avec la création de ce blog il y a un mois et trois jours - de cesser de me destroyer dans les artifices, les coups de dés, la foire aux embrouilles et la roulette russe, offres du real world by night à chaque coin de rues.
J'écoute, terrorisé.
...Les pas hésitants qu'effrayé la nuit l'enfant écoute juste au-dessus de lui, là-haut dans un grenier qu'il sait être vide et bouclé depuis des siècles...
Mon imagination fait chaos, ça se heurte dans mon cerveau malade, ça martèle à l'intérieur, comme une piste de snooker où les boules de démultiplieraient sans cesse.
Les aventures, les récits du présent et du passé se bousculent, et tel de la table d'invités le néophyte assigné face au bouchon d'une bouteille de champe qui menace de sauter, j'hésite à desceller le fil de résistance tout en sachant très bien qu'inévitablement les personnages et les idées vont m'exploser à la figure.
Réfléchir aux ETAPES. Aux articulations du passage à l'acte : se lever - s'apprêter - sortir - rencontre - planquer la tablette de speed - allumage - frôlements - come back home - jeux - pénétration - l'instant pointu - fécondation - gestation - accouchement - éducation - maturation - cristallisation - sagesse - immortalité - et enfin écrire.
Terence, dont l'une de tes devises - "no choice, passer à l'acte et à l'aveuglette, no question" - te masque tout commerce avec autrui hors la baise "anonyme et éphémère" - ces deux mots eux-mêmes étant faits pour "s'aimer", se mêler, et se la couler douce entre les cuisses.
Cependant !!!
Cependant ici par ce blog et ses liens croisés je me trouve soudain, comme dans la vie délaissée, face aux amours impossibles, et encore, encore le canon froid dans ma bouche le doigt inflexible sur la gâchette, forcé de mettre fin à mes jours.
"On admire le jeune homme qui s'est suicidé. On l'admire, mais on ne l'imite pas." (Lautréamont, Chant n° 2)
1 h 45
De toute situation j'accuse réception, et la condamne, sans rémission.
Emettre et démettre, à la manière de ma déesse inconnue - oui j'ai cédé mais je me repens puisque dés est-ce même - La Rédemption ? - Des clous !
"La rédemption des clous", bon titre, ça.
Bon. Plus aucun bruit fureteur. "Enfin seule !" Louise Brooks, par Crepax.
Le fil ténu (t'es nu comme ton fil, mec) qui me relie au real world fait encore mine (tu traces comme le bout de ma mine, mec, retourne-toi doucement, que je t'écarte la corolle)... fait mine de se tendre, mais au bout, au bout là-bas je craque !
Si tendre, viens-là, que je te claque la mine, mon coeur... Ô mon coeur ! pardon !
Au bout ? Que veux-tu dire ? De fin il n'y a pas. Ah ! Zulawski, à nouveau ta Possession me hante (> "Message d'accueil").
La last réplique. Le double du héros hurle, Adjani au faîte de l'escalier se retourne affolée : "Mais ça ne finira donc jamais !!!".
Par un soupirail elle disparaît sur les toits tandis que les avions de la Wehrmacht bombardent traçantes sifflantes feu d'artifice assourdissante apocalypse, moi cerné par la nuit dans un voyage dans le temps, tombé sous les bombardements les hurlements maisons en feu ça crie autour partout les explosions, affolement autour.
Affuté, calme, je distingue, là, à terre une enfant en pleurs, je la prends dans mes bras et sous la pluie de bombes la ville, volcan explose, qu'est-ce que je fous là moi sous le feu de la Wehrmacht, l'agonie hurle, le monde en flammes, des corps partout sous les éclairs apparitions funèbres.
Et je cours portant l'innocence à l'abri.
Générique de fin.
Au bout, rien. Pourtant je cours. "Car au bout de cette route / Là-bas / Se trouve la femme que j'aime / Qui dort / Dans les bras de celui qu'elle aime."
Rien au bout ? Le fil ténu, disais-je ?... mais tu vois bien, j'ai plus d'hameçon, Hamsun, à recevoir de quiconque, Knut, mon bel amant. D'you want nuts ?
- GO DOWN !!!
"Yeah yeah...", chante aguicheuse sublime Juliette Lewis dans Natural Born Killers.
Tout autour, le désert. Juliette sourit, déesse triomphante : "I'm born bad !"
Mouvement de hanches, lascif. Les deux bras incurvés vers le ciel, poignets et doigts incaïques, et le ciel rougeoit tandis que passe au ralenti, immense, le white horse à la crinière de lumière, chapelet d'étoiles.
Gros plan sur le visage de Juliette Lewis, toujours souriante et ondulante, IMPLACABLE.
7 heures du mate
Oui, Juliette, ce qui me manque, maintenant que le brouhaha pleurnichard du monde s'est tu, la logeuse plus dans sa loge, l'agitation hors de mon gîte, et que les lettres de créanciers partout non ouvertes s'entassent, je m'en contrefiche ("Je regrette... Cessez de vous agiter, si vous restez tranquille vous ne souffrirez pas, - Je ne veux pas mourir !!! - Bang.")...
Ce qui me manque, c'est MA vie.
Et là me manque, depuis mon indéfectible résolution, là, maintenant toujours et à jamais, me manque TON sexe rouge, les corps mêlés et les muqueuses se cherchant frénétiques, douces et palpitantes, et la grâce d'une peau aimée qui me répond, l'insatiable désir mutuel, l'étonnement de revivre.
Je me suis levé sans raison, non pas de raison, sans peine, non pas de peine.
Terence