Who is Terence ?

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  • : Terence
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  • : Homme
  • : 01/11/1974
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  • : Artiste-peintre mais aussi pigiste à la petite semaine, fantasme l'écriture - d'où ce blog, petit labo d'apprenti écrivain. Sinon, dingue de musique, et inconsolable d'avoir arrêté le piano à 17 ans qd j'ai tout plaqué pour découvrir le monde. Je n'ai rien découvert du tout, sinon l'illustration de la phrase de Chesterton : "On vit comme on rêve, seul."

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Mercredi 29 août 2007

 

 


D--sespoir.jpg


"Lorsque, dans l'enfance, on nous raconte que vers minuit - à l'heure où le sommeil atteint notre âme de si près, à l'heure où les songes deviennent plus sinistres - les morts se relèvent et, dans l'église solitaire, contrefont les pieuses pratiques des vivants, la mort nous effraie à cause des morts.

Quand l'obscurité approche, nous détournons nos regards de l'église et de ses noirs vitraux.

Les terreurs de l'enfance, plus encore que ses plaisirs, reprennent des ailes pour voltiger autour de nous pendant la nuit de l'âme assoupie. Ah ! n'éteignez pas les étincelles :

Laissez-nous nos songes, même les plus sombres.
 
Nos songes sont plus doux que notre existence. Ils nous ramènent à l'âge où le fleuve de la vie réfléchit encore le ciel."

 

 

Madame de Staël

par Terence publié dans : Qqs trucs pas de moi
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Samedi 18 août 2007



Texte de E.M. Cioran :

 

"Quand on se perçoit exister on éprouve la sensation d'un dément émerveillé qui surprend sa propre folie et cherche en vain à lui donner un nom.

L'habitude émousse notre étonnement d'être : nous sommes - et passons outre -, nous recouvrons notre place dans l'asile des existants.

Celui qui méprise tout doit assumer un air de dignité parfait, induire en erreur les autres et jusqu'à soi-même : il accomplira ainsi plus aisément sa tâche de faux-vivant.

A quoi bon étaler sa cruauté lorsqu'on peut feindre la générosité - et inversement ? L'enfer manque de manières : c'est l'image exaspérée d'un homme franc et malappris, c'est la terre conçue sans aucune superstition d'élégance et de frivolité.

J'accepte la vie par dandysme : la révolte perpétuelle est de mauvais goût tout autant que le sublime du suicide.

A vingt ans on fulmine contre les cieux et la misère qu'ils couvrent. Puis on s'en lasse. La pose tragique ne sied qu'à une puberté prolongée et ridicule. Mais il faut mille épreuves pour en arriver à l'histrionisme du détachement.

Celui qui, émancipé de tous les principes de l'usage, ne disposerait d'aucun don de comédien, serait l'archétype de l'infortune, l'être idéalement malheureux. Inutile de construire ce modèle de franchise.

La vie n'est tolérable que par le degré de mystification qu'on y met.

Gardons au plus profond de nous une certitude supérieure à toutes les autres : la vie n'a pas de sens, elle ne peut en avoir.

Si on me persuadait du contraire, je me tuerais sur-le-champ."

 

 

Oksana-Kostina-1.jpg

Oksana Kostina
championne du monde de GRS
morte à 20 ans
11 février 1993
dans un accident de voiture
trois mois après son titre
 

 

"Still the Queen of our Hearts
Rest in Peace, Oksana"

 

Terence


Emil  M. Cioran, philosophe culte d'origine roumaine, héritier de Schopenhauer après avoir rejeté Leibniz, né en 1911 en Transylvanie, mort en 1995 le 21 juin (deux jours après, belle édition spéciale de 15 pages dans Libé). Oeuvre de base : "Précis de décomposition" ("Syllogismes de l'amertume", souvent cité, est hyper surévalué, se traînant au ras des pâquerettes).

**  Oksana Kostina, la plus extraordinaire danseuse gymnaste du monde, et ceci définitivement (je suis pas le seul à le dire, voyez les milliers de sites consacrés à la GRS). Née à Irkutsk (Sibérie) le 15 avril 72, morte près de Moscou le 11 février 93. Son mec conduisait en état d'ivresse (lui s'en est tiré, bien sûr). 
J'ai été raide dingue amoureux d'Oksana pendant trois ans, pleurant de joie à chacune de ses prestations... Et puis la cata, elle meurt ! Me reste qqs vidéos de la déesse, filmée en live, bcp plus belles que celles hébergées sur youtube - je les garde pour moi dans mon jardin secret.


 

par Terence publié dans : Qqs trucs pas de moi
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Vendredi 27 avril 2007

 

 

Bien. A la mort de Drusilla son amante, prince fin et généreux brutalement confronté à la sensation de l'absurdité de son destin, il part en vrille. De qui s'agit-il ? - Caligula. Moi - pour être clair.


Alors... Albert Camus ?


Je file revoir "Stalker" - qu'on en finisse ! - puis j'entre dans un cyber visiter le blog de Soral, inévitablement - j'en sors blouson ouvert - quelle chaleur - les pecs saillants je frime - désolé on s'refait pas mais j'en rigole c'est juste pour la galerie (sur les terrasses du Corti s'arborent des filles oversexy presque nues), OK une fille du CdC dans la tête, tacos & come back home explosé je m'écroule m'offre un bourbon (hello Tom Waits) j'en peux plus de penser au suicide sans mode d'emploi (où est passé le bouquin d'Alain Moreau, bordel ?), je vais sortir faire joujou, bientôt minuit, le couteau froid de la nuit et le Mono Desnudo, sur les quais - ou calle de la Virgen Galeria Veinte-Dos...


Je clique et réécoute (5e fois depuis son passage avec Alain Veinstein le 2 février) Philippe Besson - qui soutient depuis tjrs Ségolène Royal.


Mes contradictions m'épuisent sans mal au fond de leurs abysses chaloupées, je manque d'air, je gerbe, et je remets ça  - je fonce sur le site du Nouvel Obs voir mon pote Michel Onfray - sur l'écran au-delà de mon bureau, Lawrence d'Arabie / Peter O'Toole à grandes enjambées sur les ruines du train terrassé - yeux verts métalliques flashes crépitants - la gloire (seule une balle en or pourrait me tuer - dit-il).


Waou.


Et voilà qu'aujourd'hui ce cher Onfray explose en vol.


Il écrit ça : 

 

 

Ségolène Bayrou & François Royal


Ségolène Bayrou & François Royal
Jeudi 26 avril 2007.


Bayrou a donc gagné les élections. Voilà le centre en passe de faire le prochain président de la République.


Le troisième homme devient donc le premier. La seconde, autrement dit la première femme, tient la place du troisième homme. Le premier, à savoir Nicolas Sarkozy, trépigne, piétine et morigène : on lui vole le leadership, un tiers se met entre lui et lui, autrement dit, un vieux copain de sérail le prive du devant de la scène !


Bayrou est un homme de droite qui n’aime pas l’autre candidat de droite, son double. Pour éviter d’en faire une affaire personnelle, pour éviter également de laisser croire qu’il agit en fonction de sa petite personne qu’il imagine en futur président dans cinq ans, Bayrou laisse croire que la France l’intéresse, que la Nation le préoccupe, que le destin de la République l’empêche de dormir…


Ce qui est nouveau pour ce très ancien dévot de l’Europe. Le Béarnais n’a pas le souci de sa propre carrière, non bien sûr il aime tellement la France - un mot nouveau dans sa bouche tellement formatée par la religion européenne dont il fut jusqu’à avant-hier le dévot le plus ardent. Désormais, il chérit l’histoire d’un Peuple dont il y a peu il se souciait comme d’une guigne.


Bayrou n’aime ni la France ni les français, ni la Nation ni la République, il n’aime que lui. En bon chrétien, il est un faux modeste, un orgueilleux qui cache sa suffisance sous les oripeaux de l’homme providentiel motivé par le seul le destin de son pays…


Faux Henri IV, véritable Ravaillac d’un peuple pris en otage, il veut non pas le salut de la France, mais travaille au caractère incontournable de sa petite personne de tout de suite à 2012. Il prend date. Et, pour l’instant, ça marche.


Ségolène Royal, qui ne se soucie que de son ego, et se moque du socialisme comme d’une guigne , veut bien d’un mariage avec la droite, elle est célibataire ici comme ailleurs … Et puis la droite de (François) Bayrou et la gauche de (François) Mitterrand ne sont pas l’eau et le feu… Ce qui motive l’impétrante ? Le poste ! Le fauteuil ! La fonction ! Le pouvoir ! La France, le Peuple, l’électorat de gauche, la misère des miséreux, la pauvreté des pauvres, le désespoir de la classe ouvrière, les suicides sur le lieu de travail, le désespoir des ouvriers découvrant les délocalisations de leurs usines en Chine, allons donc… Le socialisme ? Et puis quoi encore ?


Dès lors, passons par dessus bord les idées de la gauche, la tradition historique d’un Parti, et traitons Jaurès et Blum par dessus la jambe, comme Sarkozy… L’Elysée vaut bien une messe – centriste.


Je souhaitais une gauche antilibérale unie pour faire pencher la gauche gouvernementale vers elle, non par militantisme trotskyste, communiste ou alter mondialiste, mais par souci pragmatique d’un rapport de force favorable aux idéaux socialistes, les vrais… La gauche radicale fut désunie, potache, égotiste, infantile, narcissique et, pour tout dire, compagnon de route de la droite – ou du kapital pour parler son langage…


Elle fut pure, ça oui, mais à quoi lui sert sa pureté aujourd’hui quand elle va devoir inviter à voter pour une gauche de droite associée à une droite de droite ce qui, au total, légitimera un condominium de droites…


Merci aux cinq compagnons de route antilibéraux du libéralisme, ils nous offrent sur un plateau le mariage du pire de la gauche, le Parti Socialiste, et du pire de la politique, le centre.


Avec un score lilliputien , la gauche antilibérale réunie peut retourner à ses drapeaux rouges , à ses mégaphones, à ses banderoles, à ses autocollants, à ses bombes de peinture, à ses slogans, le MEDEF se réjouit, il a gagné : le prochain Président sera l’un des leurs…


Que faire comme disait l’autre ? On annonce un parti, le Parti démocrate – le PD, vraiment ? Ah, bon, le PD, va pour le PD…-, il réunira la droite et la droite du PS, autrement dit le PS. Tous les libéraux n’attendent que ça depuis si longtemps.


Dégrisé des barricades, il y a si longtemps (n’est-ce pas André Glucksmann ?), Daniel Cohn-Bendit , l’emblématique personnage passé du col Mao au Rotary – pour le dire dans les mots de l’excellent Hocquenghem…-, est devenu le nom d’une pléiade de renégats passés aux affaires qui souhaitent aujourd’hui justifier leur passage à droite avec l’onction d’un emballage de gauche, le PD à venir : « S’il vous plaît, pitié, bonnes gens laissez nous penser à droite, voter à droite, tout en croyant qu’on est restés fidèles à nos idéaux d’antan…»


Voilà leur credo depuis un quart de siècle. Ségolène va leur offrir ce cadeau, car elle est prête à payer le prix fort pour endosser le costume élimé de Jacques Chirac. Y compris le sabordage de ce qui restait de gauche dans le Parti Socialiste.


J’avais dit que je voterais à gauche si un second tour opposait Sarkozy à Royal, mais c’était Royal première manière. (Comme j’avais dit que je voterais Bové qui justifiait son entrée dans l’arène présidentielle par le projet de réaliser une union de la gauche antilibérale, jurant ses grands dieux qu’il ne serait pas un candidat de plus dans la gauche de gauche… Et je n’ai pas voté Bové, qui a trahi la promesse de réaliser cette union qu’il a contribué à défaire, parce que je suis resté fidèle à mon engagement, pas lui).


Car Ségolène Royal deuxième manière n’a plus grand chose à voir avec la première. Je n’ai jamais voté à droite et si le PS consent à ce mariage, même s’il est de raison, je ne suis pas bien sûr de lui apporter mon suffrage. Le problème n’est pas de gagner à tout prix cette consultation électorale en payant le prix fort de son âme.


Mariée à Bayrou, Ségolène Royal peut espérer être Présidente de la République. La belle affaire ! Pour faire quoi ? Et avec qui ? Quel programme ? Avec pour demain l’emblème d’une rose blanche ? Quelle sera, au final, la politique de Ségolène Bayrou & de François Royal ? Celle de Sarkozy, l’épouvantail du personnage en moins ? Bayrou veut imposer ses conditions ; Royal ne les connaît pas encore, mais elle a déjà dit oui à toutes.


Descendre les Champs Elysées sur l’aile de son tracteur ? Pas de problème… Aller à la messe avec lui le dimanche suivant les élections ? Pourquoi pas… Avaler les couleuvres cuisinées par l’ancien intime de Luc Ferry ?


Oui… Pas très envie de manger de cette cuisine-là.


Face à la menace de cette dictature du centre, devant ce risque de tyrannie libérale, je vais écouter, observer et réfléchir. Pas encore certain que je voterai pour un virage historique qui avaliserait le mariage du Parti Socialiste – selon le vœu de Fabius première manière, DSK de toujours, Rocard l’ancien, Kouchner l’aussi peu jeune, Allègre le subtil ou Besson nouveau style…- avec la droite giscardienne.


La légèreté de la gauche antilibérale partie désunie au combat n’est pas pour peu dans cette déconfiture. Les libéraux, quoi qu’il arrive, ont déjà gagné. La gauche est morte.


Enterrement la semaine prochaine ?

 


(Michel Onfray, in
 http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/04/26/ségolène-bayrou-françois-royal.html)

 



Mince, sous les yeux, "Jockey Full of Bourbon" - et les images d'un Tom Waits sublime (justement je le citais en intro, comme c'est étrange) - prouvant qu'être vêtu d'oripeaux de clodo ne lui ôtera jamais son allure de dandy. Allez, je vous fais partager ce truc ô combien jouissif !!! Ce mec "me fait renaître, avec dégoût, à la vie" (Lautréamont).


En cette qualité, parfaitement sa place dans cet article. Hop, un live sublimissime :


 

OK. Le truc sur Sarko puis l'hommage à Camus, plus tard - momento por favor, "j'ai du linge à repasser" - elle m'a fait trop rire.

 

 

 Terence

par Terence publié dans : Qqs trucs pas de moi
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Dimanche 4 février 2007

 


Un de mes livres de chevet, ce texte très court - une douzaine de pages dans l'édition française (Actes Sud) -, "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier"...


Cet ouvrage, tjrs à portée de main pour ces moments où je pressens la fatigue ou la lassitude borderline à combattre des moulins à vent, ces moments que j'appelle des "alertes de début de montée de panique" - dont je connais trop bien le danger.


Vous savez, ces trucs que les psy appellent des "sensations de mort immédiate" et que les médias nomment pudiquement "attaques de panique".


Cet ouvrage de Stig Dagerman par son intensité et sa beauté remplace pour moi depuis des années tous les Xanax du monde - si toutefois j'ai été suffisamment attentif pour commencer à le lire "à temps".


Car ceux qui connaissent ces "attaques de panique" (qqc qui semble être l'une de ces nouvelles maladies générées - ou tout au moins "propagées" - dans les deux dernières décades du XXe siècle, si j'en crois mes petites recherches sur le sujet dans la sémiologie psychiatrique), ceux qui connaissent, disais-je, savent qu'il est un point d' "avertissement de non-retour" où l'ultime recours est la camisole chimique.


Cet ouvrage est une panacée (un placebo ? qu'importe !) pour mes petits nerfs fragiles en dépit des disciplines ultraviolentes (trad. poss. : "à cause de") dont je me nourris (trad. poss. : "que je m'inflige") pour rester en éveil et opérationnel nuit et jour (j'exagère ? oui, c'est une aspiration à double sens - et vas-y que je m'embrouille tout seul), en élève appliqué de la psychasthénie ou de la bipolarité...


Question. Je suis dans quelle phase, là ?


Soyez tranquilles, "She's lost control" (Ian Curtis, Joy Division), c'est pas moi - OK ça le sera, si je me mets à croire en une quelconque échéance.


"Echéance", quel mot !


Fait partie de ces mots dont le sens en soi contient la perte des sens - et du sens commun, e.d. la saisie corps et biens & bannissement à vie en HP.


Donc à mon tour d'échoir je passe la main, me croyant très malin. Je sais pas si j'ai perdu ma mise, et je rigole de pas savoir qd je vois l'état d'expropriation des intelligences à vouloir savoir... Oui je sais, le péché originel, l'arbre de la Connaissance, le fruit d'Eve, l'irréversibilité des actes et du temps, et tout le tralala, Faust, la caverne de Platon, le Rédempteur, la fin de Dom Juan, la fin d'Axel (Villiers), casuistique, stochastique, où ça les leurres de la causalité qd "le but n'est pas le but mais le chemin" ?


Mais que je sois ce que tu dis, si tu le dis, le chiffre 7 est mon chiffre le 7e mois et blablabla... "Si tu le dis à toi je l'entends mais tu sais pas moi, et ne crois pas..." (yes je me cite Mister T. Iself, c'était dans quel article ?). Bon, vous regardez à "Holistique" dans Wikipedia.


Bien, il y a donc mes livres-poèmes sauveurs à mon chevet de grand malade, "Le Prince heureux" d'Oscar Wilde, dont j'ai déjà parlé, bcp d'autres - tiens, une grande phrase creuse ("Ces grandes phrases creuses dans lesquelles on tombe dedans", Raymond Queneau) me vient mais j'y résiste - ça commençait par "la vie est une escalade à mains nues", tu penses bien que je suis passé en mode alerte...


Bcp d'autres, oui, parades à chacun de mes modes alerte, justement.


Et ce texte de Stig Dagerman.


Lequel bien sûr en finira très jeune (> lien en note de bas de page).



 

 


Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952)
Stig DAGERMAN (1923-1954)
Traduit du suédois par Philippe Bouquet


 

Stig Dagerman :

Stig Dagerman"Je suis dépourvu de foi et ne puis donc
être heureux, car un homme qui risque de
craindre que sa vie soit une errance
absurde vers une mort certaine ne peut
être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni
dieu, ni point fixe sur la terre d’où je
puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne
m’a pas non plus légué la fureur bien
déguisée du sceptique, les ruses de Sioux
du rationaliste ou la candeur ardente de
l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses
qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme
si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre
m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin
de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.


En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur
traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire.
Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps,
une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation
ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre,
je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?


Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de
voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je
ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier :
un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort :
un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique.
Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.


Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être
conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux :
Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi
mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance –
seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes !
Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !


Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux
périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par
l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens
à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour
cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit
pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos
actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse
à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon.
L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas
en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image
réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit :
Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits,
la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une
trêve entre deux jours.


Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot
d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui
souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse
comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir
la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.


Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une
nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie
n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière
par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible
entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le
rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à
mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite
perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une
consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et
quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !


Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de
toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve
dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le
poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau,
dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors
le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le
fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle
misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut
nous faire oublier !


Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles
combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant
donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et
que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en
un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la ri-
chesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet
argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la
littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de
ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors
mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul –
mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement
ressentir ma solitude cinq fois plus fort !


Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement
une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement,
prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce
que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté
n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise
que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !


Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune
dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte.
Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la
même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une
consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation
pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !


Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir
comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je
possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre
les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance
et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent
vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car,
à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle,
celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un
être souverain à l’intérieur de ses limites.


Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la
dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur
de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse
la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai
besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la
consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la
lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir
eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’ap-
porter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.


Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne,
mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur
de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que
j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la
dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus
grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que
tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la
capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon
dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes
maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige
de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la
dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un
poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par
devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent
comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me
semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté
humaine.


Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore,
voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire
sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon
effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi
consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte
soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a
le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de
vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui
peut alors exister ?


Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer.
Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux,
ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même,
personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être
prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir
avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes,
je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté
et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que
l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.


Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous
les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux
reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre
et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me
soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le
billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je
compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le
temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de
compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond,
le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que
les ouvrages avancés de ma vie.


Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie
son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse
sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune,
une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant,
le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors
du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une
seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en
marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.


Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même
occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est
pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le
lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas
non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cher-
che à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de
performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde
de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des
dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est
également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose
que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des
livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important
est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de
ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi.
Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.


Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne
peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore
moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle
constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui
aussi précaires que le temps et la gloire.


Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement
tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment
arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux orga-
nisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors
contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des
formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même
avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que
soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent
sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont
inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours
ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder
son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau
et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden –
mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver
qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées
de la société ?


Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut
pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est
donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-
même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne
me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance.
Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force
de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons
s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance
ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence
pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de
prise sur le silence vivant.


Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le dé-
sespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle
de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne
le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus
grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre."

 

 

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Tiré de http://perso.orange.fr

 

Titre original: Vârt behov av tröst © Norstedt & Söners, Stockholm

© ACTES SUD, 1981 pour la traduction française

Lire l'article Stig Dagerman ou l'innocence préservée consacré à Stig Dagerman

 

  

par Terence publié dans : Qqs trucs pas de moi
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