Vendredi 14 décembre 2007
"C'est elle qui t'invite et te sauve..."
Le noir mécréant sortait tout juste du bûcher
Et son esprit ensuiffé ne savait plus que ahaner :
"Je te veux, vierge noire !
Catin, je te veux, je te prendrai !!!"
Terence, "La Fille de Dieu", acte III, scène 2
Sans plus de forces que m'abandonner à tes pieds,
Mourir, quelle belle mort ! Ô mourir noyé
Sous tes larmes, et que la terre fangeuse m'engloutisse
Avec toi pour ultime image, si belle mort !
Souviens-toi les mains glacées, les mamelons pointés
Frissonner, la pierre émoi nocturne des amants sacrilèges
Sous laquelle brûlantes reposent les cent mille verges
D'Apollinaire se retournant dans sa tombe tel un zéro pointé
Je rêve t'étreindre hanté de ma peine éternelle -
Et tu voudrais, mon enfant, être la prochaine victime ?
Repais-toi, ange sublime, de la scène misérable
Du pitoyable amant enfilant joyeusement son blouson,
Il fait le fier, pirouette, soigneusement se défile,
Prend garde à sa sortie, se la joue fille facile
Mais très-très chère, trop chère pour toi, garçonne !
Repais-toi donc et ris, mon ange, du tyran qui sombre
Il a chassé pour toi toutes celles qui l'aimaient
Et voilà qu'aujourd'hui il se découvre aveugle
Tant il avait besoin du soleil des faux-amours
Pour se croire exister les combler de saillies
Je l'entends encore se disant maître du monde
Dans une nuit d'hallus riant de sa faconde
Si bien aidé par les traîtresses Quaaludes
Que n'a-t-il plus aimé sa défonce et ses pills' de D
Bouts de cervelle en balade, plutôt que s'amuser
A dévoiler ses charmes à une Laure si belle
Qu'il ne lui reste guère pour pitance
Que ses larmes et ses bouts de cervelle
Terence
Tu as les cheveux rouges
A l'onde et lisse corolle de ton bas-ventre
Eternelle éperdue je cueille un oeillet rouge
Chaque nuit me lisant ô ma douce
En mon nom tu te caresses - je regarde
Et me plonge en ton gris-vert mystère
Hélas ! Tu écris ta propre tragédie
Tu gardes tes jetons tu n'oses pas mettre la mise
Tu finiras en fait divers style télégramme
Ou musique de slogan - oui tu as peur du loup
Du bel abandonique l'affront facile et laconique
Alors ? Toi l'inconnue de la Seine emporte-moi
Ou toi, toi qui me lis - de toi à moi dis-moi toi
Que je cesse de rire à la Femme Promise
La nuit où mon sexe en ton sexe enfin je dormirai
Oubliant les lunes nuit après nuit qui accusent
Les yeux cernés de fatigue je rêve de ta forêt rouge
Te souviens-tu Peter Schlemihl son ombre perdue
Je te veux regarde-toi décide notre transe future
Prends chair - et fais que se mêle notre sang
J'ai tant donné de coups, diamant ! - j'enrage
Monte-moi à cru, diablesse, la danse de tes reins
Fera de nos deux vies une vie une seule - viens !
Terence
Sur un lit d'herbe séchée je créverai ouvert tel un fruit éclaté
Je créverai béant, sec, absurde, désespéré je me souviens
Contre mon corps trop rude tes courbes échouées
Je t'ai saignée, de mon sexe éperonnée, harponnée
Et puis tu es partie, à jamais, pour ne jamais revenir
Je créverai de toi, sans toi, brûlé de n'avoir su te dire
Je créverai intense, absurde, les ongles noyés de boue
La terre griffée, sans même un seul de tes cheveux
Aux cheveux d'une femme j'ai crocheté ma mémoire
C'est de ses cendres que mes paupières sont teintes
Et mes lèvres sont bleues de désespoir identique
Si j'avais une cigarette... Ô mort si douce à mes côtés
Tu fais semblant de lire ma mort plutôt que de me prendre
Alors sortons ! Je t'emprunte ta robe noire et tes talons aiguilles
Sortons ! Sortons parler, ma mort... Parlons de l'avenir.
Avec ta rose en haut des seins, ta poitrine superbe
Et sur le fil étrange indifférence qd je t'appelle tu souris
Tu t'annonces souriante et me dis : "Ta signature ?"
Manteau de deuil, pierreries, orné de drame et de silence
Où sont tes lèvres ? Les miennes ont un goût de semence
Ou de terre, je ne sais plus, je frappe tant contre ta porte,
La nuit - que le jour je suis trop faible pour venir
Mon attente a triste figure avec cet arc de ma queue tendue
Qui tangue, et tangue - je sais ta douleur et ma barque échouée
Alors ? Alors dis-moi les goûts subtils de ton corps
Les effluves secrètes de ton âme anxieuse
Je sais les mélodies que tu portes qui dorment et brûlent
En ton corps les messes et le volcan de ton ventre
A ma dernière goutte de sang écoulée, perdue, sucée
Prends-moi par la main de la lune, emmène-moi
Ma très chère, allons ensemble sur les routes obscures
Mas tu dors et te décomposes déjà - qu'importe !
Follement belle au bras de la Cruelle tu es l'Unique
Mes mains lasses se souviennent ton sexe tenu en coupe
Je crie dans l'océan - seul - et toi la tête renversée
Tes seins lourds au désert oriental incandescence mauve
Je ferai cheminer ta douleur là tout en bas au pôle de ton désir
Prends-moi ! A pleines mains - la bourse ou la vie
Te faire sourire je ne suis qu'un escroc je te donne les deux
Come on and dance ! chez moi le sang se porte en pendentif
Je t'aime amante immortelle de si longtemps je veille -
Je meurs de toi, sans toi - c'est de ta main que je voulais périr
Terence
Commentaires