Who is Terence ?

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  • : Pas de couleur, mais le noir, plein de cris, plein de viols, partout autour, le vide autour, le noir jusqu'au regard qui se pose, le noir de fête et de nuit, parcelle de nuit en plein jour, sous le soleil doré des autres, être le soleil noir des autres.
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  • : Terence
  • tobydammit
  • : Homme
  • : 01/11/1974
  • : Paris Nantes Barcelone Ibiza
  • : Artiste-peintre mais aussi pigiste à la petite semaine, fantasme l'écriture - d'où ce blog, petit labo d'apprenti écrivain. Sinon, dingue de musique, et inconsolable d'avoir arrêté le piano à 17 ans qd j'ai tout plaqué pour découvrir le monde. Je n'ai rien découvert du tout, sinon l'illustration de la phrase de Chesterton : "On vit comme on rêve, seul."

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Lundi 16 juin 2008



Je faisais sur les quais mes premiers pas de grand blessé*. Je souffrais le martyre, et je me décidai, vaincu, à rentrer. Je fis un prudent demi-tour et tombai en arrêt. Dans la vitrine d'un magasin d'antiquités chinoises était étendue une étonnante et massive sculpture.

Une rencontre décisive, oui, écoute bien, tout est parti de là, et aujourd'hui encore ma vie doit à cette rencontre ses heurs et malheurs. Ecoute bien ma chérie, je recommence au début, voilà comment ça s'est passé...

* Ce récit est vrai dans les moindres détails. C'est bien ainsi que j'ai découvert Kuanyin. J'ai toujours la statue - je la regarde, tjrs ébloui par sa beauté et sa noblesse, au moment même où je tape ces lignes. Et si à cette époque je souffrais tant en marchant, c'est que j'avais deux côtes fracturées qui se baladaient au contact d'organes vitaux.

 

L'étreinte de la sainte

 

30 décembre 2004. J'appelais au secours, et nul ne m'entendait. Je grimaçais, chaque pas m'enfonçait une lame dans le foie. Les voisins, bouffis, la mine contrite et le devoir accompli, détaillaient satisfaits le noctambule solitaire foudroyé par Dieu de ses péchés multiples. Je lisais ces mots dans leurs yeux :

-  Ah, quand même ! Y'a une justice...

Si vous aviez su, pauvres humains... Vous loupiez là la seule occasion qui vous aura jamais été offerte de m'abattre.

Bientôt couleront à nouveau les larmes de vos ancêtres, qui patiemment s'attachent à vos pas et vous guident sur la voie canonique de l'intérêt et du dommage. Vos filles me suivront, une lueur allumera leur visage, et en elles naîtront les démons que votre foi exècre.


Vite j'ai plongé dans l'ombre hospitalière du magasin impie, un de ces lieux délicieux investis par l'étranger suspect, et où s'apaiseraient mes yeux brûlés de larmes et de lectures.


Je t'avais vue, païenne ! Ô mon amour, seule, couchée sur une paillasse dans la vitrine, abandonnée à jamais et sereine à jamais. Beauté sombre et délicieuse, ceinte de fastueux bijoux exotiques, toi pourtant à mille lieux de leurs feux insincères.


L'antiquaire était chinois, ses commentaires en chinois, j'ai rien compris, sauf le mot ginkgo biloba, et le prix, qu'il a écrit sur un papier.
  


*  Le soir, j'écris dans un carnet :

1h06 : Découvert l'OBJET ! Une statue en bois terrible et étrange, qui évoque un personnage d'heroïc fantasy, mais qui à moi me fait penser - allez savoir pourquoi - à Ghost in the Shell, et la magie est là, à portée de mon âme et de ma main puissante de moine Shao Ling cyborg. 
Tanatha, Jill Bioskop et Tank Girl, mes déesses je vous aime, et puis Toi, rencontrée aujourd'hui, abandonnée mais sereine.  *
 


Oui je sais je l'ai déjà dit mais quel plaisir ! Une âme qui se coule en moi, t'imagines ? J'en avais ratées, des fées, en tant de vies successives, à tirer sur des crucifix et à me faire lyncher dès la sizième cartouche, au lieu de répondre aux franches invites de gamines éternelles.

Bon. La somme était inhumaine, et moi grand blasphémateur de banquiers. Il fallait que j'assumasse, rentrer at home dans mon laboratoire et bon, tracer le cercle magique, et tout le tralala, c'est pas deux côtes cassées qui m'empêcheraient de m'alambiquer avec mon maître cornu.


J'ai pris congé, non sans m'agenouiller devant la déesse :

-  Pardon mon amour ! Je ne te laisserai pas ici, donne-moi une nuit, seulement une nuit, demain je te prendrai.

Mon âme je l'avais déjà perdue, alors je suis pas rentré dans les détails, je suis sorti, j'avais mille âmes, dehors, à rançonner.


Le lendemain j'avais réglé l'affaire. Je fis venir chez moi la statue, portée par de puissants esclaves. Ô mon gracieux cultuel objet et ma femme biloba, mon immortelle et puissante poupée, mes doigts ont parcouru enfin, frissonnants, ton corps glacé. Et mon coeur inhumain connut l'extase.

J'étais fou amoureux...


Des heures durant je contemplai en tremblant mon amante éternelle. Elle me regardait souriante, debout et les pieds nus, fière et humble à la fois, sa grâce infinie est invincible, des enfants jouent dans ses cheveux et les plis de sa robe, et elle verse de l'eau.


Nuit de l'an 2004. Moins six degrés dans Paris, l'appartement non chauffé, bien sûr, et ma misère et ma merveille, et mes joies, qui courent à mes poignets au rythme de ce sang, cadeau pour filles trop belles pour mourir.


Blottis dans mon lit, on a fait l'amour, la déesse et moi, longtemps. Souviens-toi, Terence, du lourd corps rigide, et de tes lèvres sur la peau froide et lisse. Souviens-toi, profanateur, des larmes délicieuses.


Comme j'ai pleuré, déesse !


Crois-moi, ma Reine, tes leçons furent suivies. Un bois sculpté sacré lava mon sang, et j'ai rouvert le vieux coffre aux étreintes interdites.


Cette nuit-là, sous mes larmes de bonheur, je fis voeu de respecter ma vie éternelle et de triompher de mes démons.

 

Epilogue

 

Quinze jours plus tard. De retour de la bibliothèque Buffon... 

Je sais, aujourd'hui je sais, avec qui je dors. Elle s'appelle "Kuan Yin, la divinité qui voit (kuan) et entend tous les appels au secours".

D'origine indienne, où elle était masculine, avec pour nom Avalokiteshvara.

C'est la "donneuse d'enfants", déesse chinoise de la fécondité, "aux mille yeux et aux mille bras". A Canton, aussi désignée sous le nom de Guizimu, "Mère des démons".

Dans l'art tantrique, déesse du bonheur, représentée sur un cheval, une tête de mort dans une main, une épée dans l'autre.

 

 

Terence
(Une autre version de ce récit a été publiée le 9 novembre 2006)

par Terence publié dans : Short Stories
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Dimanche 3 février 2008


     Tu t'arrêtes, la bobine continue de se dérouler. Tu perds la vie. Cours ma chérie, détruis ce qui n'est que fugace étincelle, tout ce qui n'est pas lumière et à jamais.

     Regarde-moi. Ne reconnais-tu pas le lieu inviolable de ton intime souffrance, la souffrance mirage, l'abîme avant le shoot et ton suprême plaisir. Absorbe avec délices la douleur, au miroir que je te tends, tu te reconnaîtras enfin - et t'envahira l'ultime extase que tu fuyais depuis l'enfance. Abandonne-toi.

     Tu le sais, tu m'étreins depuis si longtemps. Ne te dégage pas, n'appelle pas au secours, c'est trop tard, et ça tu le sais aussi. Et que te fais, à toi, de ranimer les feux d'une raison fossile ?

     Maintenant, entends les fatales formules, échos de tes rêves - qui se relèveront de par ta volonté ranimée. N'aie crainte ! Personne n'a suivi le film, tes soupirs ne sont que ceux de la nature effrayée, n'aie crainte je suis là, toujours, tu es seule face à moi, nue, tu aimes ça... tu m'observes tandis qu'en toi je m'imprègne.

     Me lire c'est s'engager. Tu le sais, ce que de moi tu lis s'imprime en toi - avec d'autant plus de force que rien de ce que tu connaissais jusque-là ne peut en arrêter l'inoculation. Le vaisseau de Toby Dammit, pour être subgalactique, circule en tes veines. Nul recul n'est possible.

     Te souviens-tu de mes mots : "Nulle lâcheté n'écartera jamais la main du bourreau."

     Reconnais-toi au lieu inviolable de l'expression de ton intime souffrance : ceci même, là, maintenant, ce que tu lis... Oui ce que tu lis est maintenant en toi. Ne crains rien, au pur centre de la souffrance, plus de souffrance - de même qu'au centre du cyclone règne la paix.

     Une âme attentive est dévoreuse d'absolu, et la peur de se perdre est fille du désir. Ne t'inflige pas les ruines résignées du théâtre du temps. Sur les planches disjointes de la scène s'époumonent des femmes qui trébuchent, meurent et se relèvent, arrachant de leurs ongles les fards de l'espoir qui sans cesse renaissent. Ne sois pas des leurs.

     Regarde celle-ci, voyageuse imprudente, qui se tourna vers moi et découvrit mes yeux, se battant la poitrine, folle ou trop lucide qu'importe, aujourd'hui infligée de visions elle rampe à la recherche de ma main. Dis-moi, que vois-tu derrière elle ?

     Tu ne peux réprimer un réflexe d'épouvante, mais encore une fois : ne crains rien, je suis ton talisman. Seulement, ne t'endors pas, à moins d'encourir la visite de tes obsessions les plus définitives.

      Celle que tu vois errer entre les mots n'est autre que toi, le texte t'a donné vie, se prêtant à tes élans les plus farouches. Il vit en toi, et de toi, consens donc à sacrifier ta vie, à prendre ma vie chrysalide, qui n'attend plus que la chaleur de ton âme pour enfin se délivrer. S'élever. 

     Lis avec ferveur, ne relève pas les yeux. Si par malheur tu parvenais, dans un dernier sursaut, à t'agripper aux chaînes fragiles de la vie, se déploierait un désert où tu vivrais à jamais, seule à jamais, et je sais que cela te tente, plutôt que de me l'offrir, ta vie, car ton passé t'a fait connaître l'attraction de la chute, la divine tentation de la fatalité, qui répond au doux nom d' "effondrement".

     Elle lisait, et naquit en elle une raison nouvelle, vivant de sa combustion même. Elle y vit un nouveau jeu, et tendit les mains. De ces voluptueuses pensées la jeune fille ne revient pas intacte. Elle pense à Lautréamont :

     "On admire le jeune homme qui s'est suicidé. On l'admire, mais on ne l'imite pas."

     Doucement elle repousse les draps, se dresse - son cerveau a la noirceur de la nuit sidérale -, sort de son lit, et se dirige avec précautions vers la fenêtre, d'où elle se penche. Dans son rêve, elle se précipitait dans le vide.

     *  sur sa table de chevet, un vieux bouquin à la reliure de métal argenté : "Je suis le rêve"  *

     ...

     Il leva la tête. La silhouette d'une frêle jeune fille, là-haut, était éclairée par une lune mourante.

     Dormir n'est qu'un rêve, se disait-il. On n'échappe pas à l'insomnie, pour ne pas s'échapper à soi-même, pour rester attentif. Combien de fois n'ai-je pas dit : "On ne peut mourir que par manque d'attention."

     Pourtant mon amour qd je vous aime je veux mourir, dormir pour ne jamais plus me réveiller. Et qd je veux mourir j'accomplis les rites.

     A la nuit tombée il descend dans des bas-fonds qu'il connaît bien, là où depuis les pavés ulcérés d'artificielles lumières sortent des couteaux prompts à égorger, à éventrer. Il sait que mourir n'est qu'un mot mystérieux qu'évoquent les mages, et une vieille légende, mais il se dit : "Eh bien, Terence, pourquoi ne pas le vérifier ensemble ?"

     Il veut vivre encore. Encore un peu. Il sait qu'un geste suffirait pour bousculer l'univers et découvrir dessous, cachées, les eaux cristallines où court un enfant révolté qui porte son nom.

     Un soir, Terence, où le coeur désolé d'une dernière défaite tu riras courant sous une pluie aveuglante de regrets, tu t'effondreras sur la tendre poitrine de "Celle Qui S'enfuit", et tu jouiras, un instant, de ta perte définitive. Fou d'une douloureuse résignation, tu béniras en gestes d'une insolence forcenée ta propre malédiction, car la probité de tes juges te sera si douce que tu oublieras les caprices de ce monde.

     A ce moment, tu m'appelleras, et je viendrai. Je te parlerai, tu consentiras à ouvrir les yeux, et tu verras mon visage d'amour. Les dernières ombres de ton maquillage seront effacées, et tu sauras qui tu es.

     Moi l'auteur véritable de ces lignes, enfin libéré, Terence, de ton emprise.
  

 



Terence

par Terence publié dans : Short Stories
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Lundi 28 janvier 2008


     Personne n'a rien remarqué. Ni dans le monde virtuel, encore moins dans le monde réel.

     Il est vrai que depuis le 31 j'ai déclaré la guerre à toutes les filles. Ce sera elles, ou moi. Donc ce sera moi. Virage à 180 degrés. Encore une qui a voulu ma peau, les autres, TOUTES les autres paieront pour elle. 

     Je suis un être d'amour, mon sang palpite pour mes frères humains. Je suis aussi un être bionique, mon sang est bleu, comme mes larmes, à l'image de la belle Jill Bioskop ou de Motoko Kusanagi. J'ai aimé, de toute mon âme, j'ai fusionné, on m'a quitté, je suis mort.

     Vivant, je m'inquiétais chaque jour d'oublier le moindre de mes gestes, la moindre de mes pensées, sûr de plonger dans la folie si je perdais un morceau du puzzle.

     Le fouillis des pièces du puzzle, c'est ma passion - et mon refuge. Je m'enferme dans le grenier de mon cerveau malade, et fouille pendant des heures à la recherche de la pièce manquante, et c'est la joie, car je la sais toute proche, monde interdit je t'explore, je te ferai la peau, et enfin me ressourcerai aux fontaines de sainteté de mon enfance.

     Le micro-climat de mes rêves, les effluves d'une odeur d'humus, et la "fille interdite" dont je parle si souvent, la fille qui vécut avant moi, sans moi, et qui m'a rencontré dans les récits de son imaginaire, où j'étais tjrs présent, présent tandis qu'elle se mourait solitaire - de langueur, disait-on au XIXème siècle.

     La langueur - mourir de langueur, le chaos est loin, l'ombre s'allonge et le désastre proche.

     Au milieu de mon puzzle à quatre dimensions, la fille interdite à mes côtés, les sens exacerbés par son sens du divin la rendant aussi sainte qu'aveugle - la suprême lucidité aveugle -, me prenant la main et pleurant mon absence, je l'embrassais passionnément - pleurant sa disparition -, et la confusion (quel mot, encore !) m'a tjrs mené à la panick attack, au Xanax et aux vingt milligrammes de morphine.

     Une fois de plus, dans l'atmosphère confinée, juste un soupirail comme relais vers les étoiles, je me masturbais lentement, et lentement elle m'apparut, mon ange noir mon amour, dernier lien sur le monde inviolé des adultes, et je bandais, je bandais d'une volupté sainte, le VRAI trouble de la solitude tant aimée, celle du recueillement sur l'aimée insoumise - qui m'aimait insoumise - moi-même insoumis.

     La volupté dans laquelle me plonge la mort - ma Belle Endormie -, "chancelant, il monta les blancs escaliers qui conduisaient à cette chambre où, le matin même, il avait couché dans un cercueil de velours et enveloppé de violettes, en des flots de batiste, sa dame de volupté, sa pâlissante épousée, Véra, son désespoir" (Villiers de l'Isle-Adam).

     Le venin inoculé à la naissance je te sais l'antidote, foncer dans les sens interdits jusqu'aux terrains abandonnés des hommes demande mille vies, ou l'amour. L'amour je le découvrais immobile comme la mort, la fille abandonnée ne se soumet pas, elle rêve, je me glissais en elle, l'éveillant, elle s'agrippait et me griffait, éperdue d'espoir, et je lui fouillais le ventre découvrir sous les strates ensemble les trésors "qui nous firent des larmes".

     Il est vingt-deux heures, déclenchement du répondeur. Coup de fil de Xavier : "J'apprends par Patrick que tu me hais... que tu as décidé de m'assassiner !!!" Vitupérations terribles qui "m'extirpent de mes rites autiques" (article "Retour de campagne du guerrier ivre"). Je laisse courir et retourne dans les bras de mon aimée.

     A peine une minute plus tard, appel de Sylvie : "J'ai préparé un super repas pour toi et ma copine, tu viens ?" Cette fois, je réponds consciencieusement, désespéré. Résigné, désabusé, j'ai appuyé sur la touche pilote automatique, RV à 23 heures.

     Attention, ça va devenir gore... Nous étions le 4 janvier au soir... Alors ? Personne ne s'est aperçu de ma disparition entre le 4 et le 11 ?...

     Je décide d'y aller à pied, par Bastille et République. Grand détour. Je souffre. Je ne comprends pas. Une violente douleur au ventre m'oblige à marcher au ralenti, à tous petits pas, à la moindre secousse mes jambes se dérobent, et je me retrouve plié en deux à même le trottoir. 

     Chaque fois je me redresse, et je grimpe mon Golgotha une main sur le ventre, attentif. Je sens Son coeur qui bat, j'ai mal, je sens que je vais faire un petit prématuré.

     Tel un moribond je file vers Sylvie, rue Portefoin n°9.

     Peu avant République, rencontre inattendue. A une terrasse, Gilbert accompagné de Greg et de la nouvelle nana que je lui avais ramassée huit jours plus tôt. Grégoire, aux anges : "Quelle merveilleuse rencontre !" Il m'aime, ce mec. Elle : "Que tu es beau, ce soir..."

     Toujours, ma chérie.

     [La suite, plus tard. Je dois changer mes pansements.]

 

Terence
@

par Terence publié dans : Short Stories
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Dimanche 23 décembre 2007


3h41 du matin.  Tu parles que je dors ! J'attends qu'elle parte... A 8h je la vire. Mais je ne me suis pas laissé souiller. J'ai repoussé toutes ses tentatives lamentables de baise. Je me suis un peu laissé caresser, mais vraiment juste par pure bonté, lui laisser un joli souvenir.

Il a tout de même fallu que je la maîtrise - et que je lui dise longuement ce qu'elle voulait entendre - pour être sûr qu'à un moment elle me laisse tranquille et s'écroule. Bon, et que je la fasse jouir. 

Pas réussi, en fin de soirée, à la virer. Elle s'était défringuée et couchée dans mon pieu pendant que Vincent allait s'assommer sur le trottoir et se faire récupérer par les Pompiers.

Oui, j'avais d'abord reçu Vincent avant qu'Aurélie se pointe. C'est cet abruti de Vincent qui m'avait demandé d'être "gentil", et de répondre aux coups de fil de mes copines, agacé d'entendre le téléphone sonner et le répondeur diffuser les discours hystériques - avec musique appropriée en fond sonore - de filles suppliantes.

Et cette Aurélie, j'ai accepté bêtement qu'elle vienne - alors que j'espérais Laurence. Aurélie a une petite voix faible et adorable, craquante. Je me suis dit je vais pas la laisser dans cet état, Vincent est super beau gosse, je vais la lui refiler, ça la calmera.

Coup de fil aussi de Gilles, pour m'inviter à venir avec Céline danser au Café de la Gare à Porte-Dorée.

Là, je paie. Je paie ma sottise. Je tape cet article pour rentabiliser le truc - mais non c'est pas du cynisme. Je ne peux évidemment pas dormir tant que cette pétasse encombrera mon lit. Je sens son odeur derrière moi, c'est à vomir. Je dormirai à 8h30.

Ouais, ça va pas être facile de la virer à 8 h, je devrai avoir l'air très-décidé-très-préoccupé-déjà-ailleurs. Je dois aller voir Y. à 15h. Je rappellerai Laurence ce soir. Que vais-je faire d'ici 8h ? 

Tout à l'heure c'était l'horreur, qd elle s'est enfin endormie (je lui ai fait avaler un cocktail de comprimés, une recette à moi, tu t'écroules sur l'instant, imparable). Putain j'étais coincé au bord du plumard par le corps flasque de cette bavasse qui prenait toute la place.

Aurélie, complètement camée, qui me lessive de clichés : "Tu ne serais pas un vampire ?" Hyper complexée devant moi, la gamine, et si absorbée par la crainte de ne pas formuler des trucs "intelligents" qu'elle ne porte aucune espèce d'intérêt à mes réponses : elle construit déjà une autre question, paniquée à l'idée que je pourrais placer un silence qu'elle ne pourrait pas combler.

Il est 4h pile, quelle situation humiliante. Et mon beau corps qui a manqué étouffer sous la sueur d'une fille anodine !

4h02.  J'ai été surpris par la bonhomie bienveillante du flic qui parlait au corps inanimé devant chez moi : "Alors, Vincent, on a bien arrosé sa soirée ?" Se penchant vers le Vincent en question qui était peut-être déjà mort.

Surpris aussi que les flics, comme les pompiers, parlent avec moi un langage conforme à mon apparence de seigneur, s'excusant presque en me demandant le nom du quidam ensanglanté sur le trottoir.

Du coup, je me suis dit, guilleret, que si finalement Vincent crevait devant chez moi je n'aurais pas d'ennuis. Pendant ce temps je remarquai, un peu déçu, que Vincent se remettait à bouger, arrivait à décoller son crâne ensanglanté du trottoir, et se mettait sur un coude. Heureusement pour lui, il n'a pas tourné son visage vers moi. Je souriais de toute ma hauteur, et mon mépris l'aurait achevé. Quelle merde, ce mec !

Je me pressai de dire aux flics : "Bon, vous n'avez plus besoin de moi, je vous laisse avec l'épave." Ce qui les a fait marrer. Je notai en mémoire le "OK" complice d'un des flics, se retournant vers moi tandis qu'il s'éloignait, soutenant le corps avec son collègue. La tête de ce flic qui manifestement me prenait pour un autre, c'était à mourir de rire.

J'ai couru me lancer en imprécations violentes contre la pauvre Aurélie qui était descendue, trempant par mégarde ses pieds nus dans le sang de la victime : "Et s'il avait le sida, grosse conne !!!"

4h33.  J'ai pris le portable et me suis allongé.

4h46.  Aurélie a bougé. Je sens sa main qui se glisse sur ma cuisse. Putain, elle va tout de même pas se réveiller et remettre ça ! Remettre quoi, d'abord ? Caresses gluantes, j'en ai le coeur qui bat la chamade à l'idée d'à nouveau les subir.

Bon, ça me calme de taper sur l'ordi. Je lui glisse un lâche "J'arrive pas à dormir, ma chatte" pour éviter les soupçons sur mes pensées honteuses. Elle se pelotonne contre moi en roucoulant, je sens sa cuisse nue remonter vers mon sexe et je crains le pire. Mais non, elle pousse juste un gémissement et se rendort.

OK. Je vais discrètement me lever, aller dans la SDB me laver et boire bcp, bcp d'eau - me laver la gorge de l'haleine pourrie que cette pétasse exhale.

7h20.  Je me suis fait jouir, ça fait penser à autre chose. 

J'aimerais qu'Aurélie se réveille d'elle-même. Je n'ai pas le coeur à supporter une nouvelle scène, que je redoute si je la réveille juste pour lui dire de se barrer. Mal de tête. Va falloir que je me décide. Je traîne, je cherche le scénario idéal. Allumer la radio ? Un rien vulgaire, et la ficelle un peu grosse. Embuée de sommeil, elle sera trop sotte pour la discerner, mais assez parano pour la deviner. Non, c'est lourd, et de toute façon, en bonne paresseuse, une radio qui s'allume au petit matin c'est un signal qu'il est bien meilleur de continuer de dormir.

M'allonger près d'elle, faire semblant de dormir et lui filer un énorme coup de coude, je vois que ça. Non je rigole.

Bon, je vais rassembler ses vêtements et les déposer sur le palier, laisser la porte ouverte, puis soulever doucement Aurélie pour la porter sur le paillasson, et refermer la porte. 

La classe.

 

 

Terence

par Terence publié dans : Short Stories
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Ce pays est celui des fous.
Je viens te dépouiller de tes sens vulgaires 
pour t'en donner d'autres plus subtils, 
plus raffinés.
Tu vas voir avec mes yeux, 
goûter avec mes lèvres.
Dans ce pays, on rêve, 
et cela suffit pour exister."
 
 
(Rachilde, 1885)





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